Hier après-midi avait lieu la finale de l’édition 2018 de Roland Garros. Un moment important dans la saison tennistique. Le dernier match sur ocre avant que le gazon fasse chavirer toutes les fortes têtes du circuit. On avait l’affiche rêvée. L’affiche que tout le monde attendait une fois le tirage au sort effectué. Le patron des lieux vs son rival le plus enquiquinant. Rafa vs Domi.

Dominic Thiem aka Dominator arrivait sur le court en étant le seul à avoir réussi à faire vaciller le roi de la terre lors des deux dernières saisons sur ocre. Rome la saison dernière, Madrid cette saison. De quoi le mettre en confiance. Il connaît le plan, il sait que pour déstabiliser sa Majesté Rafa, il faut lui rentrer dedans, le bûcheronner, l’asphyxier pour que le rouleau compresseur ne s’enclenche jamais. Dans le cas contraire, attends toi à un pugilat, une fessée d’une violence rare, une java.

On se disait très clairement qu’il y aurait pu avoir un vrai match de tennis, au mois lors des 2-3 premiers sets. Oui, parce qu’on savait néanmoins qu’au meilleur des 5 manches, ça risquait très clairement de devenir compliqué pour l’autrichien, aussi affûté soit-il. Patrick Mouratoglou l’avait dit, cela sonnait comme une évidence pour tous les observateurs du tennis, il faut prendre Rafa à la gorge dès le début et tout faire pour sortir vainqueur du 1er acte. A la manière de petit Diego héroïque pendant un set et demi en quarts de finale avant que le Dieu de la pluie ne vienne en aide au taureau. Et ce qu’au contraire, la tour de Tandil n’avait pas réussi à faire en demi-finales malgré 3 belles occasions de break à 4-4. Tu perds le 1er c’est terminé : 0 défaite au meilleur des 5 manches pour Rafa.

15h, les joueurs entrent sur le court Philippe Chatrier devant 15.000 spectateurs prêts à entrer en fusion. Le temps est lourd, l’atmosphère pesante. La foule a eu droit à son combat de gladiateurs pendant près d’une heure. Un premier set d’une intensité rare, avec des rallyes tous plus intenses les uns que les autres. Domi n’avait pas peur, Domi envoyait des coups de massue, mais Rafa était là, il faisait le dos rond sans jamais plier, encore moins rompre. Et à 5/4 pour l’espagnol, Dominic Thiem a compris qu’il avait perdu le match. Un break concédé et derrière le TGV Nadal (vraiment pas en grève pour le coup) était lancé pleine balle vers une 11ème coupe des mousquetaires en 14 participations. 3 et 2 dans les deuxièmes et troisièmes manches. Tarif « mode finale » reçu par Thiem, au même titre que Roger, Ferrer et Stan avant lui. 6/4 6/3 6/2. Sans l’ombre d’un doute. Rafael Nadal est bien plus que le roi de la terre battue, il est Dieu sur Terre.

11ème Roland Garros, 17ème Grand Chelem. Quelques jours après ses 32 ans. Je peux affirmer avec une sérénité absolue qu’aucun autre joueur dans l’histoire du tennis ne remportera 11 fois le même tournoi du Grand Chelem. Ce qu’a réalisé Nadal depuis 2005 et son premier titre acquis aux dépens du junkie Mariano Puerta, est certainement l’accomplissement le plus hallucinant de l’histoire du tennis. Parce que des rivaux de taille il en a eu. Un mec chargé comme une mule alors qu’il n’avait que 19 ans. A 4 reprises le meilleur joueur de tous les temps. Celui qui l’avait terrassé un an plus tôt et lui avait infligé sa première défaite porte d’Auteuil (j’y étais, quel moment…). Mais encore Novak Djokovic deux fois, l’un des joueurs les plus dominants de l’histoire. Ces mecs-là, Rafa les a broyés les uns après les autres, ne concédant au maximum qu’une seule manche en finale. Il est le premier joueur de l’Histoire à avoir remporté 11 fois le même tournoi (il l’a également fait à Monte-Carlo et Barcelone) et il sera le seul joueur de l’Histoire à remporter 11 fois le même tournoi du Grand Chelem. A titre de comparaison, juste pour le goût et le plaisir d’offrir, Rafael Nadal a gagné plus de Roland Garros qu’Agassi ou Lendl n’ont gagné de titres du Grand Chelem. Un café l’addition svp. D’autant plus qu’au vu de sa soif inébranlable de victoires et sa condition physique retrouvée, on ne voit pas ce qui pourrait l’empêcher d’aller chercher une 12ème, voire 13ème ou 14ème couronne. Ca fout des frissons.

Et le plus exceptionnel au milieu de toutes ces stats vertigineuses, c’est qu’on s’y attend chaque fois et que ça nous semble presque normal. Ou comment banaliser l’exceptionnel à la manière d’un LeBron James ou d’un Lionel Messi. Le majorquin dégage une impression de maîtrise et de domination sur cette surface jamais égalée par quiconque sur une autre surface. La terre battue c’est Rafa, Rafa c’est la terre battue (et bien plus encore…). Que Maitre Roger se méfie parce que le taureau est parti pour aller chercher ses vingt couronnes. En attendant, profitons, et prions pour le commun des joueurs de tennis incapables d’ôter un Majeur à ces deux monstres sacrés depuis début 2017. On peut penser que les Dieux du tennis sont avec eux, mais c’est bien plus que ça, ils sont les Dieux du tennis. Sans égal, quoiqu’on en dise.

ENHORABUENA CAMPEON !!