Retour sur la demi-finale de la Coupe du Monde 2014 à Belo Horizonte entre le Brésil et l’Allemagne. 

Un contexte social explosif 

En octobre 2007, le Brésil est désigné pays hôte de la Coupe du Monde de football 2014 par décision du comité exécutif de la FIFA. La dernière fois remontait à 1950, une éternité. 

Quasiment 7 ans et 11 milliards de dollars plus tard, le pays du football est prêt à accueillir la 20ème Coupe du Monde de l’histoire. 

Le contexte social et économique est absolument dramatique. Manifestations, explosion des violences, investissements faramineux, stades pas terminés, rien ne va. 

Deux mois avant le début du Mondial, un sondage est publié : seulement 48% des brésiliens sont favorables à la tenue de la Coupe du Monde sur leur sol, contre 80% six ans plus tôt. Le contraste est saisissant. 

En contestation et au nom du peuple, le romancier brésilien Paulo Coelho avait déclaré : “J’ai décidé de ne pas aller voir les matches parce que je ne peux pas être dans un stade alors qu’à l’extérieur du stade, il n’y a pas d’hôpitaux, pas d’écoles, pas de moyens de transport. Je trouve que le gouvernement a détourné toutes les possibilités qu’on avait pour faire du Brésil, un meilleur Brésil en utilisant la Coupe du monde”. 

Les manifestants dans les rues scandent des slogans plus percutants les uns que les autres : “Brésil, réveille-toi, un Professeur vaut plus que Neymar !”.

On apprend que les marchés d’attribution des travaux de construction d’au moins 5 stades ont été truqués. Des accidents mortels sont à déplorer au sein des chantiers. 

Bref, le pays est à l’agonie mais il faut coûte que coûte que la plus grande compétition du monde ait lieu. A n’importe quel prix. Quitte à instaurer des tribunaux d’exception permettant de juger en urgence d’éventuels “fauteurs de trouble” qui auraient le toupet de venir ternir l’image de ce merveilleux pays. 

Le sujet n’est pas là, mais le football ne peut pas se résumer à ce qu’il s’y passe sur le terrain. On ne peut pas parler football en omettant tout ce qu’il y a autour, comme s’il était une sorte d’électron libre indépendant n’ayant aucune conséquence sur le monde. 

Un contexte sportif mitigé

Le Brésil remporte tous ses matchs de préparation, face à des équipes nettement plus faibles. L’effectif est de qualité, mais ce n’est pas hyper rassurant d’avoir Fred en attaquant titulaire. Oui, Fred, souvenez-vous… Fred, c’est l’attaquant un peu naze qui n’a pas de grosses qualités et qui se fait chambrer par tous les fans de foot. Celui qui avait passé 4 saisons avec l’Olympique Lyonnais jusqu’à 2009. Pour aller gagner une Coupe du Monde, on ne va pas se mentir, c’est un peu short. 

En attendant, Neymar est là. Il a seulement 22 ans. Mais celui qui a signé au Barça un an plus tôt porte tous les espoirs de la Nation sur ses épaules de serpent –c’est pas moi qui le dis, c’est Christian Jeanpierre à l’époque où il avait encore un droit de parole-. 

Parce que oui, malgré le contexte social et économique délétère, maintenant que la compétition doit se jouer, les brésiliens sont derrière leur équipe. Comme si, l’espace de quelques semaines, tout pouvait s’arrêter. On oublie la tristesse du quotidien et on se laisse bercer par les exploits de jeunes mecs gâtés par Dieu. La 6ème étoile est désirée. Profondément. 

Une phase de poules plutôt sereine

La Seleçao inaugure la compétition à Sao Paulo contre la Croatie devant plus de 62.000 spectateurs. Le niveau de jeu affiché n’est pas fabuleux mais Neymar montre à ses coéquipiers et supporters qu’il est là et qu’il tiendra la baraque : un doublé pour Ney et une victoire 3-1 pour le Brésil malgré un CSC de Marcelo pour entamer le match. 

Cependant, ce match a été accompagné de vives critiques concernant l’arbitrage de Yuichi Nishimura. A 1 partout, il siffle un penalty en faveur du Brésil sur une vulgaire simulation de Fred. Et en fin de match, il refuse un but à la Croatie sur une faute qu’on pourrait considérer imaginaire sur le portier brésilien, Julio Cesar. 

Pierre Ménès tweeta –le verbe “tweeter” au passé simple, un bel oxymore, les générations qui s’affrontent– : “Donc si on a bien compris il faut absolument que le Brésil gagne ce premier match. La nausée dès le 1er match…”. 

Jean-Pierre Pernaud y était même allé de son petit sarcasme, sur la même plateforme : “Et voilà pourquoi la FIFA ne veut pas de vidéo… Dommage…”. Ambiance. 

Le match suivant ne restera pas dans les annales de la compétition. Un match nul 0-0 face au Mexique. Cependant, on peut saluer au passage la performance exceptionnelle de Guillermo Ochoa, l’ancien portier de l’AC Ajaccio. Le match de sa vie selon lui. 

On passe à la suite. 

Le dernier match de poules fut une formalité pour la Seleçao. Une victoire 4-1 contre le Cameroun au cours de laquelle Fred s’est même permis de marquer et Neymar a surnagé en inscrivant un nouveau doublé. 

Le Brésil a fait le boulot et termine en tête de son groupe. Direction les huitièmes de finale. 

Un miracle sauce chili

En huitièmes de finale, le Brésil affronte le Chili. Devant presque 68.000 spectateurs à Belo Horizonte. 1 but partout au terme du temps réglementaire. 30 minutes supplémentaires doivent être disputées. 30 minutes au terme desquelles la transversale de Julio Cesar a sauvé tout un pays. Dans les dernières secondes. Les brésiliens auront droit de disputer une séance de tirs aux buts. 

Thiago Silva, capitaine de la Seleçao, s’isole pour prier, en pleurs et insiste pour être en dernière position sur la liste des tireurs. Le capitaine s’est littéralement chié dessus. O Mostro a complètement craqué. Et cette réputation de fragile le poursuit encore aujourd’hui, 6 ans plus tard. 

Bref, 2 échecs de chaque côté –2 parades de Julio Cesar pour être précis– et Neymar se présente en 5ème tireur. Il ne tremble pas. Il met la pression sur Jara. Jara s’élance et trouve le montant de Julio Cesar. Le stade et les joueurs sont libérés, le Brésil est en quarts de finale de sa Coupe du Monde.

La qualification la plus triste

En quarts de finale, le Brésil est opposé à la Colombie. Je vais vous la faire courte. Les brésiliens ont parfaitement su contenir les ardeurs de la bande à James Rodriguez. Lui qui avait marqué le plus beau but du tournoi en huitièmes de finale face à l’Uruguay –enchaînement contrôle poitrine – reprise de volée tu connais– et terminé meilleur buteur de la compétition avec 6 pions. 

Cependant, malgré la victoire 2-1, la Seleçao a perdu gros dans la bataille. 

Neymar se fracture la troisième vertèbre sur un contact en toute fin de match avec Zuniga. Fin de tournoi pour le meilleur joueur brésilien. Un drame pour une équipe qui se reposait quasi exclusivement sur lui. Et pour en rajouter une couche, le capitaine Thiago Silva, à cause d’un jaune débile et complètement évitable –le jaune à la Verratti comme on dit-, est exclu pour la demi-finale contre l’Allemagne. David Luiz récupèrera le brassard de capitaine. 

Le carnage de Belo Horizonte

On est le 8 juillet 2014. 21h en France. Le trio de commentateurs sur TF1 est en place : CJP, Arsène et Liza. 

Moi, je viens de perdre en demi-finale du tournoi de St Jean de Luz face à mon pote Adrien Puget (le gars des interviews) après avoir crucifié 3 négatifs. Je remonte l’autoroute jusqu’à Hossegor pour rejoindre mon meilleur ami qui m’attend. Nous sommes catégoriques, le Brésil va gagner. J’ai gagné un peu d’argent sur Unibet pendant le début de la compétition. Je mets tous sur le Brésil. Lui aussi. Visionnaires.

En fait, tout est allé très vite. De manière assez inexplicable. Le début de match est assez rythmé avec des offensives de la part des deux équipes.

Puis, sur un corner, ce diable de Thomas Müller –c’est pas moi qui le dis, c’est Christian-, se retrouve étrangement seul à la retombée et propulse le ballon au fond des filets de Julio Cesar. La débâcle a débuté. 

S’ensuivent 7 minutes de folie pure. Un truc complètement surréaliste. 4 buts en 7 minutes. Oui 4 buts. La défense brésilienne, à l’image d’un David Luiz complètement dépassé, prend l’eau de toute part.

Klose, puis Kroos deux fois et enfin Khedira viennent littéralement crucifier la Seleçao. On joue la 29ème minute de jeu. Le Brésil est mené 5-0 en demi-finale de sa Coupe du Monde devant ses supporters et 200 millions de brésiliens médusés. 

L’organisation tactique brésilienne est un véritable désastre. Malgré quelques occasions très franches en deuxième mi-temps, le Brésil n’arrive pas à tromper Neuer. 

Pire, l’Allemagne, par André Schürrle, entré en jeu à la 58ème minute, enfonce le clou. 6-0 puis 7-0. Arsène Wenger, désabusé, viendra même à dire, avec son flegme légendaire : “Ils ont des mannequins dans la surface de réparation”. 

Le but d’Oscar à la 90ème minute n’y changera rien. Le Brésil vient de subir l’humiliation la plus violente de son histoire. Le Brésil vient de perdre 7-1 chez elle en demi-finale de sa Coupe du Monde, face à l’Allemagne. La plus grosse défaite de l’histoire de la Coupe du Monde pour un pays hôte. La plus grosse défaite subie lors d’une demi-finale. La défaite d’une vie, d’une génération. 

Les images sont terribles. Les joueurs sont à terre, abasourdis. Ils viennent de vivre un cauchemar. 

Cette défaite, ce n’est pas que celle de la défense. Ce serait beaucoup trop facile. C’est aussi celle de l’attaque d’une faiblesse inouïe. L’absence de Neymar à ce niveau a été fatale. Ni Fred, ni Hulk –sorti à la 46ème minute– n’ont su poser la moindre difficulté à l’Allemagne. D’ailleurs, Hulk est le joueur qui a le plus tiré sans jamais marquer lors du tournoi (13 tirs – Stat Opta). 

Le sélectionneur, Luiz Felipe Scolari, champion du monde en 2002, prend ses responsabilités en conférence de presse : “Qui est entraîneur ? Qui est responsable des choix ? C’est moi. Le résultat est catastrophique. Le résultat peut être partagé entre tous parce que les joueurs ont demandé à partager la responsabilité. Mais toute la partie tactique, c’est moi. Le responsable, c’est moi. C’est probablement ma pire défaite. J’ai perdu d’autres matches comme joueur et entraîneur (…) mais je crois que c’est la pire journée de ma vie. J’ai fait ce que je pensais être le mieux pour mon équipe. On a travaillé et on a subi une défaite ici. C’est la troisième depuis que j’ai pris le poste il y a un an et demi, mais cette défaite est horrible… 7-1. Je demande d’ailleurs pardon au peuple brésilien pour ce résultat négatif, pardon pour ne pas avoir atteint la finale”. 

David Luiz et Julio Cesar présentent leurs excuses au peuple brésilien. 

Cette défaite était encore présente dans les têtes brésiliennes quatre ans plus tard, quelques semaines avant le début de la Coupe du Monde en Russie, alors que le Brésil et l’Allemagne se réaffrontaient pour la première fois, à l’occasion d’un match amical. Tite, sélectionneur brésilien, avait alors déclaré que le match qui les attendait avait “une très grande importance psychologique, il ne faut pas se voiler la face, le 7-1 du mondial est un fantôme qui nous hante”.

Quelques jours plus tard, l’Allemagne deviendra championne du monde pour la 4ème fois de son histoire en battant l’Argentine de Messi. 

Le Brésil, quant à lui, terminera 4ème de sa Coupe du Monde après une ultime rouste reçue par les Pays-Bas (3-0).