En France, le football brasse en moyenne cinq milliards d’euros de chiffre d’affaires par an. Entre le prix des places, les droits télévisuels mais aussi les produits dérivés, le football est devenu un business à part entière. Entre René, 60 ans, supporter inconditionnel de son club de Toulouse et John, 35 ans, fervent supporter d’Arsenal, un fossé s’est créé. Enquête en France, sur un sport où le show footballistique prime désormais sur l’amour de son équipe. 

Selon une étude de l’agence KPMG, le taux de remplissage des stades a connu une augmentation de 1% lors de la saison 2014-2015 que ce soit en Ligue 1 ou dans les autres grands championnats. Cependant, de plus en plus de personnes ne souhaitent plus aller au stade. Différentes raisons peuvent être évoquées : le prix des places, le spectacle proposé, la qualité des enceintes mais aussi la mentalité changeante du public français vis-à-vis du football. Toutes ces raisons ont finalement un lien étroit entre elles.

Le prix des places et le spectacle proposé 

Le football est devenu un show. Les gens qui viennent au stade veulent voir de beaux gestes, de belles actions et de beaux buts. Comment expliquer que le prix des abonnements du Paris Saint Germain ne freine pas les supporters à venir au stade ? Comment expliquer que les stades paraissent de plus en plus vides à la télévision ? Comment expliquer que lorsque le PSG se déplace, les stades sont pleins ? L’explication est certainement liée aux stars qui sont de moins en moins présentes dans notre championnat. La ferveur du football est liée aux cadors qui foulent nos pelouses. Le Paris Saint Germain possède énormément de stars et c’est ce que le supporter lambda aime. Bon nombre de supporters refusent de payer le prix d’une place hormis pour aller voir leur équipe préférée se faire désosser par le PSG de Cavani.


Le prix des places et la qualité des enceintes 

En moyenne, un supporter lyonnais dépense six cents euros par an pour voir jouer son équipe préférée. C’est beaucoup, mais il y a fort à parier que ce supporter divise par deux son budget football l’année prochaine. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’obtention de l’organisation de l’Euro 2016 a permis aux enceintes sportives de s’améliorer et de rattraper un petit peu le gouffre qui nous sépare des autres grands championnats. De plus, cet événement a créé un engouement autour de la création de nouvelles enceintes, ce qui a certainement dû gonfler le pourcentage d’abonnements par rapport à l’an dernier. Dans le futur, il est clair que, l’engouement retombé, les nouvelles enceintes ne seront plus aussi remplies qu’actuellement, si les prix ne tendent pas à la baisse. Exception faite pour des clubs mythiques comme l’ASSE et l’OM qui, même si elles aussi connaissent une diminution d’affluence, gardent une ferveur populaire bien plus forte que 75% des autres clubs de notre championnat.

La qualité des enceintes et la mentalité du public français 

Depuis le début de la saison, le classement des affluences dans les stades des différents championnats nous indique que la France se classe neuvième derrière le championnat mexicain et chinois. La qualité des enceintes a évolué dans chaque grand championnat. C’est pourquoi, baser notre faible affluence par rapport à cela serait une erreur. Cependant, lier la qualité des enceintes aux différentes mentalités footballistiques est intéressant. Le public allemand, qui se classe premier en terme d’affluence, a des enceintes qui vivent trois heures avant le match, comme tout le monde, mais aussi lorsqu’il n’y a pas de matchs. Nous pouvons constater qu’en France, le public arrive très tard au stade (90% dans les trente dernières minutes précédent le coup d’envoi) alors qu’en Allemagne, le stade est déjà comble une heure et demi avant le coup d’envoi et les rues adjacentes blindées trois heures avant le début du match. Il semble indéniable que le football moderne soit devenu un football business à travers les stars qui, chaque année, sont transférées pour des sommes astronomiques. En France, ce manque cruel laisse un vide énorme pour tout supporter. Si Messi était transféré aux Girondins de Bordeaux, il y a fort à parier que le stade serait plein toutes les semaines. La mentalité française est complètement différente des autres pays. C’est certainement celle-ci qui ne nous permet pas d’ avoir des stades pleins régulièrement.


La mentalité du public français et le niveau de jeu des équipes

Culturellement, il y a une forte différence entre clubs de Ligue 1. Certains ont voulu perpétrer cette culture à travers les décennies. D’autres ont pris un autre virage. Si l’on s’attarde sur le PSG par exemple, la communauté reste très forte depuis des années malgré de mauvais résultats avant que celui ci ne soit racheté. Aujourd’hui, le taux de remplissage du Parc des Princes est quasiment de 100%, le spectacle est au rendez vous, les stars aussi et la culture du club est restée indemne quelles que soient les péripéties que celui-ci ait pu connaitre. Prenons maintenant l’exemple de Nice, qui est actuellement troisième du championnat avec un stade 3.0. L’engouement autour de cette troisième place qualificative pour la Ligue des Champions n’est finalement pas très fort. Le stade est à moitié vide pour chaque réception alors que la qualité de jeu proposée par Lucien Fabre et les résultats sont très intéressants. Idem pour l’AS Monaco. L’équipe du charpentier Jardim est première au classement, qualifiée pour les quarts de finale de Ligue des Champions (contre le Borussia Dortmund le 11 Avril prochain) et pourtant le stade est vide. Des équipes comme Bordeaux ou Marseille qui sont à la lutte pour des places européennes ne remplissent pas leurs stades et pourtant ce sont des équipes qui ont un patrimoine dans notre championnat. Cependant, le jeu proposé et la renommé des joueurs n’est pas au rendez vous, ce qui n’incite pas les gens à venir au stade.

Économiquement, le départ, de plus en plus tôt, de pépites formées en France et les capacités budgétaires plus fortes des autres championnats ne nous permettent plus de pouvoir rivaliser sur du long terme. Pire, un gouffre est en train de se créer et ne cesse d’augmenter les disparités entre pays qui respirent le football. Les bonnes performances de l’Olympique Lyonnais et de l’AS Monaco dans les compétitions européennes sont l’arbre qui cache la forêt.