On est en 1998, Rafael Nadal a 12 ans et cumule les entrainements de tennis et de football. Le rythme devient difficile à suivre d’autant plus qu’il continue à aller en cours. Son oncle Toni, qui est son entraineur de tennis, et son père lui demandent de choisir. Nous savons tous qu’il a choisi le tennis. Mais si, contre toute attente, il avait mis de côté le tennis afin de se consacrer à 100% au foot comme son autre oncle Miguel Angel, ancien joueur du Barça…

 

Le monde du football s’extasie devant Rafa

Enchaînant les entrainements et les tournois jeunes sur son île de Majorque, le jeune Rafael est vite repéré par le Real de Madrid, son club préféré. S’il veut rejoindre le centre de formation, il va devoir quitter son île à laquelle il est tant attaché. Un déchirement pour lui mais une offre qui ne se refuse pas. Alors âgé de 15 ans, Nadal rejoint le centre de formation du Real. Lorsqu’il arrive au centre d’entrainement, l’équipe 1 s’entraine et il reste bouche bée en regardant toutes ces stars : de Zidane à Raul en passant par Figo, les Galactiques sont tous là en train de faire un « taureau » géant. A ce sujet, il a récemment déclaré: « C’était un des plus beaux moments de ma vie, surtout quand j’ai vu Claude Makélélé mettre deux petits ponts d’affilée à Roberto Carlos. C’est comme si le temps s’était arrêté ».

Bourreau de travail et maître artilleur, Rafa fait très vite parler de lui. Il est même de plus en plus appelé par Vicente del Bosque pour venir s’entrainer avec l’équipe 1ère. Les autres joueurs l’apprécient énormément, notamment grâce à sa gentillesse et son écoute. La consécration arrive lors de la saison 2002-2003. Il est titularisé pour la 1ère fois pour le match aller du 1er tour de la Copa del Rey. Avant même ses 17 ans, il foule pour la 1ère fois la pelouse du Bernabeu. A la 63ème minute, le Real menait 3-0 et une faute est signalée à 27 mètres des cages adverses. Zidane s’empare du ballon et interpelle Nadal « Il est pour toi celui-là petit ». Le jeune majorquin n’en revient pas, Zizou lui laisse tirer un coup-franc. Il pose son ballon, prend une course d’élan d’à peine 4 pas et décoche une frappe lumineuse dans la lucarne. Les socios sont debout, tous ses coéquipiers le congratulent. Le petit Rafa a déjà tout d’un grand.

Lors de la saison 2005-2006, il débute une bonne vingtaine de matchs et évolue régulièrement au poste de milieu de terrain aux côtés de Beckham et Zidane. L’entraineur Juan Ramon Lopez Caro est conquis. Il fait une saison tellement solide et convaincante que le 15 mai 2006, Luis Aragones, le sélectionneur de l’équipe d’Espagne, convoque Rafael Nadal pour la Coupe du monde en Allemagne. Il aura tout juste 20 ans.

Il réalise une coupe du monde mitigée. Après avoir réalisé une phase de poules convaincante, il se fait manger tout cru par le milieu de l’équipe de France en 1/8ème de finale. Mais il lui reste de beaux jours devant lui…

Cependant, une catastrophe arriva en 2009 après un 1er euro remporté avec l’Espagne 1 an plus tôt. Lors d’un match amical contre les Pays-Bas, Nadal se fait littéralement exploser le tibias par l’horrible boucher Nigel de Jong. Il doit être éloigné des terrains durant presque un an. Mais, grâce à son mental de guerrier digne d’un Djibril Cissé, il arrive à retrouver les terrains en 2010, trois mois avant la Coupe du Monde en Afrique du Sud. Une course contre la montre démarre alors. Une course qu’il arrivera à gagner grâce à ses tripes et son talent. Il devient ainsi champion du monde en 2010. Le graal !

Après cet été victorieux, il décide de signer avec Majorque, l’équipe phare de son île de naissance. En effet, sa blessure l’empêche d’être performant au plus haut niveau, il doit diminuer son temps de jeu et préfère le mettre au profit de son club de coeur. Quel homme, quel joueur, quelle carrière !

Sans le savoir, le tennis s’est privé d’une de ses plus grandes légendes et de sa rivalité la plus mémorable

En 1998, Carlos Moya gagne Roland Garros. Rafa le regarde mais est distant, sa décision est prise. Le petit Federer pointe le bout de son nez.

Mais c’est en 2005 que la décision commence à prendre tout son sens. Roger Federer remporte son 1er Roland Garros en battant Mariano Puerta en finale. Les 3 finales suivantes des Internationaux de France opposent le Maestro au jeune serbe Novak Djokovic. Le suisse, roi de la terre battue, remportera les 2 premières pour ainsi réaliser 2 fois le Grand Chelem (remporter les 4 tournois du Grand Chelem lors d’une même saison), exploit que seul Rod Laver, légende du tennis australien, avait réussi à accomplir en 1969.

La 3ème sera remportée par Djokovic aux termes d’un match épique inscrivant la rivalité entre les deux joueurs dans l’histoire. Cette année-là, en 2008, le serbe remportera la médaille d’or aux JO de Pékin et Federer restera numéro 1 mondial.

Il s’en suivra les années suivantes une lutte de pouvoir entre le suisse et le serbe avec un net avantage pour le premier. Mais en 2013, après une année moyenne et 22 titres du Grand Chelem dans la besace, Federer n’a plus la motivation pour revenir au meilleur niveau et laisse à Djokovic et au britannique Andy Murray les honneurs des finales de Grand Chelem. On assistera alors à des duels récurrents entre deux joueurs aux jeux quasiment identiques. La magie s’en ira en même temps que le Maestro. Mais les records continueront de tomber.

Une réalité nettement plus belle que la fiction

Ok, la carrière de Federer aurait été certainement plus prolifique en l’absence de Nadal, mais son come-back légendaire n’aurait pas eu lieu. Rafa lui a permis d’atteindre le niveau d’excellence qu’il a atteint ; Rafa l’a inspiré pour son come-back, lui-même l’ayant déjà réalisé brillamment en 2013 ; Rafa l’a toujours challengé et lui a fait changer ses habitudes de jeu. Roger ne serait pas Roger sans Rafa et vice versa. On serait passé à côté d’une des plus belles rivalités de l’histoire du sport et du plus beau match de tous les temps.

Quant à Djokovic et Murray, ils auraient eux aussi certainement remporté plus de Grands Chelems, et on aurait certainement assisté à des matchs épiques, mais on ne peut penser qu’ils auraient pu égaler ceux auxquels on a eu droit grâce à Rafa.

Le tennis a été grandi grâce à Nadal mais le monde du football aurait été ravi de l’accueillir. Et ce n’est peut-être pas trop tard, lui-même ayant partagé son désir de devenir Président du Real Madrid.

En tout état de cause, son choix a été judicieux, il nous a permis de vivre de magnifiques moments, avec en point d’orgue cette dernière finale de l’Open d’Australie.

Merci Rafa !