Il y a aujourd’hui 64 ans, Bill Tilden, un des plus grands joueurs de tennis de tous les temps, s’est éteint dans l’indifférence la plus totale. Une carrière exceptionnelle suivie d’une fin de vie chaotique entre révélations sur sa sexualité et séjours en prison. Retour sur la vie hors du commun de « Big Bill ».

Allô ? C’est le Vestiaire du Sport qui te parle.

 William Tatem « Bill » Tilden II est né le 10 février 1893 à Philadelphie. Né dans une famille aisée, il a percé assez tard au très haut niveau, un peu à l’image d’un Stan Wawrinka aujourd’hui. En effet, c’est à partir de 1920 qu’il va se distinguer au point d’être considéré comme le plus grand joueur de la première moitié du XXème siècle.

1920-1925 : Six années d’invincibilité dans les grands rendez-vous

Sur cette période, il remporte 8 tournois du Grand Chelem et 6 Coupe Davis sans perdre le moindre match « important ». 6 US Open (appelé US Championships à l’époque et joué à Philadelphie ou Forrest Hills) et 2 Wimbledon. A l’époque, personne n’allait jouer en Australie car le voyage était beaucoup trop long et le tournoi était moins réputé. Et pendant cette période, il ne jouait pas à Roland Garros.

Ensuite, concernant la Coupe Davis, elle avait à cette période-là une importance beaucoup plus forte qu’aujourd’hui. Il était inconcevable que les meilleurs joueurs ne puissent pas représenter leur pays. Et le calendrier, décrit comme dantesque par les joueurs ne faisant pas le déplacement avec leur sélection, n’est pas une excuse. De 1922 à 1926, Big Bill n’a pas joué à Wimbledon pour se consacrer à la Coupe Davis. D’où le fait qu’il n’ait pas gagné plus de Grand Chelem. Toujours est-il qu’il a certainement bien fait car il a permis aux Etats-Unis de remporter 7 Coupe Davis consécutives de 1920 à 1926, record en la matière. Cette hégémonie a ensuite été stoppée par les Quatre Mousquetaires emmenés par Henri Cochet qui avait également battu Tilden en finale de Roland Garros en 1930 sur le score de 3/6 8/6 6/3 6/1. Non, on ne s’est pas trompé sur le score. A l’époque, le tie-break n’existait pas encore (il est apparu dans les années 70) et ainsi, chaque set devait se jouer avec deux jeux d’écart. On n’imagine même pas un Isner-Mahut à Wimbledon sans tie-break. Il faudrait plus de 2 semaines pour finir le tournoi.

1925-1946 : Fin de carrière sur le circuit amateur et entrée sur le circuit professionnel

Sur la période 1926-1930, il remporte 2 Grand Chelems supplémentaires, portant son total à 10. Mais, malheureusement, à l’époque, bien que plus réputé et plus compétitif que le circuit professionnel, le circuit amateur ne permettait pas aux joueurs de se rémunérer. Ainsi, très limité financièrement, il décide d’intégrer le circuit professionnel en 1930. Même à 40 ans, il partait en « tournée » avec d’autres joueurs et était l’attraction majeure pour laquelle les gens donnaient leur argent. Il a pu engranger une quantité importante d’argent. Jusqu’en 1968 et la création de l’Ere Open, le circuit professionnel ne sera pas véritablement considéré et aura moins de prestige que le circuit amateur. Rod Laver, par exemple, a réalisé son premier Grand Chelem sur le circuit amateur en 1962 car les tournois du Grand Chelem n’étaient pas ouverts aux joueurs professionnels avant 1968.

1946-1953 : Fin de vie dans la tourmente

Dans une Amérique condamnant l’homosexualité, Big Bill s’est caché et a évité, pendant une partie de sa carrière, de parler de sa vie sentimentale. Puis, quand il est passé professionnel, il s’est lâché après avoir visité l’Europe et notamment des cabarets en Allemagne. Il a assumé son homosexualité aux yeux de tous. Il avait un faible pour les jeunes hommes et très souvent des adolescents. Il a notamment été pointé du doigt pour cela et certains clubs refusaient de le recevoir. En 1946, alors qu’il a définitivement arrêté sa carrière, sa vie bascule quand un adolescent de 14 ans est retrouvé dans sa voiture pantalon baissé. Il purge une peine de 7 mois de prison pour contribution à la délinquance d’un mineur, ce dernier étant un prostitué. 3 ans plus tard, des faits similaires lui valurent de retourner au placard pendant 10 mois. Tout le monde lui tourne le dos, les clubs ne veulent plus qu’il puisse donner de leçons de tennis, et seul son ami Charlie Chaplin, l’une des stars gravitant dans l’entourage de Bill, reste à ses côtés.

Mais le 5 juin 1953, alors âgé de 60 ans, il meurt d’une crise cardiaque dans son appartement de Los Angeles dans l’indifférence la plus totale. Il n’avait plus un radis car il avait tout claqué pour monter des pièces de théâtre dans lesquelles il jouait.

Aujourd’hui, Big Bill a été oublié à cause des scandales qui ont bouleversé sa fin de vie. Aucun court ni aucune distinction à son nom. Il est reconnu comme l’un des plus grands tennismen du siècle, et à ce titre fait partie de l’International Tennis Hall of Fame. Mais ça s’arrête là.