OUF ! On peut souffler un peu, les deux masters 1000 de la tournée nord-américaine estivale viennent de s’achever. Après deux semaines de tennis en haute intensité, il est temps de faire le point. A une semaine du début de la dernière levée du Grand Chelem à Flushing Meadows, certains enseignements peuvent être tirés. 

Toronto : l’ouragan Stefanos rase -presque- tout sur son passage 

Le Masters 1000 canadien –joué en alternance à Montréal et Toronto– nous a livré son lot de surprises, la première d’entre elles nous venant directement de Grèce. Tout juste âgé de 20 ans en cours de tournoi, Stefanos Tsitsipas a créé la sensation en croquant quatre Top 10 à la suite pour aller chercher une première finale en Masters 1000. Une performance exceptionnelle et remarquable. Dans l’ordre, Dominic Thiem –aussi fébrile que sa nouvelle compagne depuis sa finale Porte d’Auteuil-, Novak Djokovic, Kevin Anderson puis Alexander Zverev se sont faits avoir par le grec. Avec un mode opératoire commun : la baston.

Hormis contre l’autrichien où il aura réussi à s’imposer plutôt aisément en deux manches, ses 3 matchs suivants auront été de véritables combats acharnés qu’il aurait très bien pu perdre. 6-3 au 3ème contre le serbe, 7-6 au dernier contre Anderson, 3-6 7-6(11) 6-4 contre Zverev après avoir été mené 6-3 5-3 et avoir sauvé deux balles de match. Entre fulgurances, résilience et réussite, Stefanos a fait tomber les top players comme des dominos.

Un service par période extrêmement efficace, un coup-droit transfiguré nous faisant penser aux coups de boutoir du tant aimé Jean Martin de la Poutre, un revers délicieux quoiqu’encore un peu tendre et un corps d’adolescent ne demandant qu’à se développer. Voici les atouts du jeune grec qui a également fait preuve de solidité et d’intelligence tactique pour se défaire de situations parfois quasiment insolubles.

Avant la finale. Se présentait en face de lui le monstre Rafael Nadal, le taureau. Le numéro 1 mondial. Il est très difficile de faire une analyse objective et juste de ce match tant Tsitsipas a semblé émoussé physiquement et en dedans mentalement. En même temps, après quatre matchs joués à une telle intensité, on ne peut que comprendre. Rafa a été impérial jusqu’à 6-2 5-4 service à suivre. Pas une seule balle de break concédé, un match maîtrisé à la perfection sans forcer quoi que ce soit. Jusqu’à ce moment de doute au moment de conclure parfaitement aperçu par le grec qui a planté la banderille au bon moment pour revenir à 5-5. Cette analyse-là est intéressante, ce moment-là du match est à retenir. En ce que, même complètement malmené, au bout du rouleau physiquement, épuisé nerveusement, commettant énormément de fautes directes, il a su totalement changer son « game plan » pour mettre la balle dedans sans trop de rythme pour faire douter le meilleur joueur du monde jusqu’à obtenir une balle de set. Balle de set sauvé admirablement et avec un peu de réussite par Nadal qui ne tergiversera pas plus longtemps au cours du jeu décisif remporté 7 points à 4.

Ok, Nadal a été plus fort, son volume de jeu et sa capacité à jouer extrêmement haut côté revers gêne énormément Tsitsipas qui se retrouve sans solution, mais le grec a montré –comme face à Zverev notamment– une capacité d’adaptation assez impressionnante. Au-delà de son tennis extrêmement propre, inventif et solide, il a des qualités mentales et un QI tennis qui peuvent réellement le propulser parmi les tous meilleurs. Rendez-vous à New York pour aller chercher un top 10 totalement à sa portée.

Cincinnati : le retour de Federer barré par le renouveau de Djokovic

Cette fois, on change de pays mais aussi de personnages. Exit Rafael Nadal, trop fatigué et voulant s’économiser à l’approche de l’US Open. En revanche, on accueille dans l’arène Roger Federer qui avait décidé de faire l’impasse sur la levée canadienne.

Dans l’Ohio, Tsitsipas a fait Pschtttt. Visiblement rôti après son périple canadien, il a été sorti tranquillement en deux manches par David Goffin. Cincinnati, contrairement à l’apocalypse de l’année dernière a vu le retour au premier plan de figures historiques du Tour. Exit les Zverev, Kyrgios and co, les « anciens » étaient au rendez-vous.

Retour de Wawrinka au premier plan qui nous a sorti un quart de finale de toute beauté contre Roger Federer. Un combat exceptionnel qui aurait bien pu tourner en sa faveur.

Un Del Potro, nouveau numéro 3 mondial, qui fait le taf tranquillement et qui a seulement dû s’incliner face à Goffin.

Confirmation de Cilic qui montre, tournoi après tournoi, rendez-vous après rendez-vous qu’il faut réellement compter sur lui. Seul un Djoko ultra solide aura eu raison du croate en demi-finale.

Un David Goffin –qui fait office d’ancien oui au vu de son expérience– revenu sur le devant de la scène mais qui a malheureusement été contraint à l’abandon en demi-finale contre Federer.

Et surtout, un 46ème Federer-Djokovic, le retour de l’un des classiques, en finale. Comme pour montrer que l’ex Big 4 n’est pas mort, loin de là. C’est à ce moment que tu verses une larme pour Andy Murray, encore une fois parti trop tôt, après avoir réalisé l’exploit de perdre un match contre Lucas Pouille.

99ème titre pour Fed ? Golden Masters pour Nole ? Et beh réponse B mesdames et messieurs et on n’a pas eu besoin de la photo finish. Une partie parfaitement maîtrisée par le serbe qui a encore passé un pallier supplémentaire par rapport à Wimbledon. Ok, Roge a été fébrile, a retourné comme un junior et a manqué de solidité lorsqu’il fallait serrer le jeu. Mais cela n’enlève rien au fait qu’on est clairement en train de retrouver le rouleau compresseur Djokovic, qui sert très bien, fait très peu de fautes et utilise toutes les balles neutres qu’il peut utiliser. Et ce match pour nous rappeler que depuis son come-back, Roger n’avait toujours pas eu affaire à Djoko qui a bel et bien toujours la recette miracle pour calmer les ardeurs du suisse. Cette 7ème victoire lors de leurs 9 dernières confrontations en est le témoin le plus probant.

Donc, si on fait le bilan, Novak Djokovic a remporté les 4 tournois du Grand Chelem, les 9 Masters 1000, le Masters et la Coupe Davis. Plus que l’or olympique et la boucle est bouclée. On n’est pas ici pour parler du GOAT, mais ça mange pas de pain de le dire. Sans gluten évidemment.

Quant aux perspectives s’offrant à nous à l’aube de l’édition 2018 de l’US Open, on se lance dans une petite liste de favoris du plus probable au moins probable. Et c’est triste à dire, mais ça n’inclut pas du tout la Next Gen. Ok Tsitsi t’as régalé à Toronto mais t’envoyer 7 matchs au meilleur des 5 manches en 3 sets, on ne pense pas que tu puisses encore l’assumer. Rendez-vous en 2019 bonhomme.

  1. Djokovic
  2. Nadal
  3. Federer
  4. Del Potro
  5. Cilic

Il faut pas être un spécialiste ni avoir joué 1ère série pour dresser une telle liste, mais elle semble assez juste et honnête. Le tennis est un éternel recommencement. Profitons, profitons. Ils ne seront bientôt plus là.