Retour sur le triomphe de Roger Federer à l’Australian Open 2017. 

Wimbledon 2016 : la chute du maestro ?  

La saison 2016 est marquée par un fait rarissime. 

Embêté par un dos visiblement de plus en plus rouillé, Roger Federer décide de faire l’impasse sur Roland Garros. Ce forfait met fin à une série complètement dingue, à un record : Roger avait participé à 65 tournois du Grand Chelem consécutifs. Plus de 16 années à jouer tous les Majeurs. Une éternité. 

Il reprend la compétition dès le début de la saison sur gazon. Demi-finale à Stuttgart –éliminé par Dominic Thiem-, puis demi-finale à Halle –sorti par Alexander Zverev-, Fed aborde le tournoi de Wimbledon en étant tête de série numéro 3. 

Ses 4 premiers matchs sont vraiment tranquilles. Il ne perd pas un set. Roger est en jambes. 

Puis vient l’obstacle Marin Cilic en quarts de finale. 

Et les choses ont été beaucoup plus compliquées que prévu. A tel point que le croate empoche les deux premières manches. Il se procure même 3 balles de match dans le 4ème acte. Roger plie mais ne rompt pas. Il trouve les ressources pour finalement s’imposer en 5 sets. Mais il a laissé des plumes. Peut-être trop. 

En demi-finale, il est opposé à Milos Raonic. Le suisse mène 8-2 dans les confrontations. Il l’avait notamment doudouné deux ans plus tôt sur ce même gazon –4, 4 et 4, un café et l’addition svp-. 

Je vous épargne le résumé du match. Federer fait globalement un mauvais match. Son revers le lâche complètement et il finit par s’incliner en 5 manches, 6-3 dans le dernier acte. Il déclare à la fin du match : 

Celle-là, elle fait mal, clairement. J’aurais pu gagner le match. J’étais près. Si près”. 

Pas de 11ème finale à Londres et un retour à la maison qui fait mal. 

Mal dans la tête mais mal dans le corps également. 

Quelques jours plus tard, la nouvelle tombe et fait l’effet d’une bombe. 

On est le 26 juillet 2016. A l’aube des jeux olympiques brésiliens. 

Roger publie un message sur ses réseaux sociaux : il met un terme à sa saison

Ce qui signifie très clairement : pas de JO. 

Roger ne pourra pas défendre ses chances et laver l’affront qu’il avait subi 4 ans plus tôt, à Londres, sur le gazon londonien lorsque l’or olympique en simple lui avait une nouvelle fois échappé, au profit d’Andy Murray. 

Le message est clair : 

Les docteurs m’ont informé que si je voulais encore jouer quelques années sans blessure, ce que je compte faire, je devais donner à mon genou et à mon corps le temps nécessaire pour récupérer”. 

Beaucoup d’observateurs y voient une fin de carrière prématurée. “Roger ne reviendra jamais” ; “Il est trop vieux” ; “Il est fini”; “Il va avoir 35 ans, c’est impossible qu’il puisse revenir”. Ce ne sont que des spéculations. 

En attendant, les faits sont là : Roger Federer termine sa saison sans avoir remporté le moindre titre, pour la première fois depuis 2000. 

Autre conséquence significative : il termine la saison en dehors du Top 10, qu’il n’avait pas quitté depuis octobre 2002… 

La fin d’une ère… Mais le début de quelque chose d’autre…

Melbourne 2017 : le come-back du siècle 

Roger n’est pas fini, loin de là…

Pour débuter la saison 2017, après plus de 6 mois d’arrêt, le suisse décide de reprendre un peu de rythme en jouant la Hopman Cup. 2 victoires, 1 défaite, c’est anecdotique. L’essentiel est là : il a pu rejouer plusieurs matchs de tennis sans douleur. 

Il est tête de série numéro 17 à Melbourne. Surréaliste. Par conséquent, il fait face à un tableau nettement plus relevé qu’à l’accoutumée. 

Les deux premiers tours de Roger sont plutôt tranquilles. Même s’il laisse un set en route lors de son premier tour face à Jurgen Melzer, c’est surtout lié à la crispation de son retour. Ensuite, il en colle 3 à Noah Rubin

Au 3ème tour, se dresse face à lui son premier Top 10, Tomas Berdych. On pouvait s’attendre à un énorme combat. Mais il n’en a rien été. Ce fut une véritable boucherie. Roger a explosé le tchèque. 6-2 6-4 6-4. Le suisse est bel et bien de retour et il faudra vraiment faire attention à lui. Le voilà en deuxième semaine. 

Il affronte Kei Nishikori en huitièmes de finale, alors tête de série numéro 5. Le match fut compliqué et décousu avec des hauts et pas mal de bas. Mais Fed s’en sort en 5 manches et plus de 3 heures de jeu. C’est la première fois depuis 2015 qu’il bat consécutivement deux membres du Top 10.

Il est en quarts de finale. Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, il n’a pas à affronter le numéro 1 Andy Murray. En effet, le britannique s’est fait rouster comme il faut par l’ancien, un vieux de la vieille, le vieux briscard, Mischa Zverev. Quand même plus sympa pour Roger. 

Comme prévu, le quart de finale est une simple formalité pour Roger qui s’impose en à peine 1h30. Il atteint les demi-finales du Grand Chelem australien pour la 13ème fois. 

En demi-finale, on a droit à un duel fratricide entre Roger et son pote Stan Wawrinka, 4ème mondial à l’époque. Federer a l’avantage des confrontations : 18-3 pour lui. 

Scénario assez étrange pour cette demi-finale. Roger prend les 2 premières manches. 7-5 6-3. Stan file au vestiaire, les larmes aux yeux. On ne voit pas comment ce match pourrait échapper à Federer. Mais à 1 partout au 3ème, Stanimal retrouve un peu de relâchement et enchaîne 6 jeux consécutifs. La partie est relancée. Un break fatal en fin de 4ème set et voilà les deux hommes qui doivent en découdre pour la première fois lors d’un 5ème et dernier acte. Roger file à son tour au vestiaire. Va-t-il tenir le choc physiquement ? 

Malheureusement pour Stan, en début de 5ème manche, il a été victime du syndrome Federer. Incapable de convertir les balles de break qu’il s’est procuré, le vaudois finit par se faire breaker lors du 5ème jeu. Derrière, Roger verrouille et finit par s’imposer 6-3. 

Il est de nouveau en finale de l’Open d’Australie, 7 ans après. 

Une finale dans l’histoire à jamais

Qui se dresse en face du suisse pour cette finale ? Qui d’autre que Rafael Nadal

Toute la planète tennis en rêvait. Une nouvelle finale en Grand Chelem entre Federer et Nadal. 6 ans après la finale de Roland-Garros en 2011. Un nouveau Fedal. Le 36ème de l’histoire.

L’histoire est à l’avantage du taureau de Manacor. Il mène 23-12 dans les confrontations. Et surtout, en finale de Grand Chelem, l’espagnol est largement devant le suisse : 6-2

Ces chiffres montrent l’étendue du défi qui se dresse devant le suisse. Battre son plus grand rival en finale de Grand Chelem, 4 ans et demi après avoir remporté son dernier Majeur. 4 ans et demi après son titre à Wimbledon en 2012. 

La course aux Majeurs est également au centre des discussions : 

  • 17 pour Roger
  • 14 pour Rafa

La finale a été spéciale du fait de son scénario complètement dingue. Le niveau de jeu a globalement été bon, mais pas non plus surnaturel. On est pas au niveau de la finale de Wimbledon 2008. Mais qu’importe, la dramaturgie de ce match est incroyable. 

Une stat illustre parfaitement la tendance de ce match, c’est celle des coups gagnants. 

Roger en a réussi 73, contre 35 pour l’espagnol. Le suisse a été ultra agressif avec une nouveauté dans son jeu par rapport aux saisons précédentes : son revers à plat. Il a été d’une efficacité hallucinante lors de cette finale. On le sait, le revers de Roger a toujours été son talon d’Achille. Mais lors de ce match, il aurait fait pâlir d’envie un Wawrinka ou un Gasquet.

Roger remporte le 1er et le 3ème set, Rafa le 2ème et le 4ème. Les deux monstres se retrouvent pour un ultime acte. Troisième match en 5 manches pour le suisse, peut-être celui de trop ? Le début de set le laisse penser lorsque Rafa prend d’entrée le service du suisse. Il obtient des balles de débreak sur les deux premiers jeu de service du taureau, qu’il ne convertit pas. Nadal mène 3-2, service à suivre et la victoire se rapproche pour lui. Cependant, c’est le moment choisi par Federer pour sortir de sa boite. Il débreake, tient sa mise en jeu, puis rebreake Nadal pour s’offrir le droit de servir pour le titre à 5-3. 

Ce jeu de 5-3 a été complètement fou. Un jeu de branquignole. Un jeu au cours duquel Nadal a obtenu 2 balles de débreak. Malheureusement pour lui, il ne les convertit pas. Sur sa 2ème balle de match et sur un ultime coup-droit gagnant –challengé par Rafa-, Roger peut laisser exprimer sa joie.

Il l’a fait ! Il a remporté une 18ème couronne en Grand Chelem, 4 ans et demi après la dernière. 

Il bat son 4ème top 10 du tournoi. Après 6 mois sans tennis et à plus de 35 ans, il s’envoie son 5ème Open d’Australie. Une page d’histoire incroyable vient de s’écrire. Merci Roger, merci Rafa. 

Toute la planète réagit à ça, les gens sont admiratifs de ce que vient d’accomplir Roger. 

Voici certaines de ces réactions sur Twitter : 

Del Potro : “Thank you both, don’t you ever quit tennis!! GRANDEEE ROGER  🙌 So inspiring!!”

Roddick : “Everyone stop right now .. take 6 months off.  Come back. Win ….. can’t believe what I watched.  Congrats to my friend @rogerfederer”. 

Wawrinka : “What a match @AustralianOpen 😱😳!!! Amazing @rogerfederer 🐐!!!!! 18🏆!!!!!! 💪🏻👏🏻”

Billie Jean King : “There is a reason @rogerfederer is the 🐐. He showed us again tonight at @AustralianOpen that true champions always find a way to win. #RF18”

McIlroy : “ 🐐🐐🐐🐐🐐🐐🐐”