Il y a trois ans jour pour jour, Roger Federer et Richard Gasquet faisaient leur entrée sur le coup bondé du stade Pierre Mauroy de Lille. Quelques heures plus tard, le suisse s’écroulait sur la terre battue lilloise et venait ajouter l’une des dernières lignes qui lui manquait à son palmarès. Ce jour là, la bande à Severin Luthi venait de battre l’équipe de France, chez elle, et inscrivait pour la première fois de son histoire son nom au palmarès de la Coupe Davis. Le Vestiaire du Sport t’emmène aujourd’hui revivre cette finale où même les supporters français étaient partagés entre la tristesse de voir son équipe s’incliner mais aussi la joie de voir Federer rentrer un peu plus dans la légende.

Contexte

Pour se hisser jusqu’en finale, les Bleus ont d’abord eu un sacré avantage de toujours recevoir l’équipe adverse chez elle. En huitièmes de finale, la bande d’Arnaud Clément atomise l’Australie 5/0 à La Roche-sur-Yon, puis l’Allemagne 3/2 en quart de finale à Nancy et enfin la République Tchèque 4/1 à Roland Garros.
En face, en huitième de finale, les Suisses se sont imposés 3/2 en Serbie, privée de Djokovic, puis en quart de finale, ils ont disposés du Kazakhstan sur le même score à Genève et enfin en demi finale, ils sont venus à bout de l’Italie, encore et toujours à Genève et sur le même score.

Équipes

Cinq joueurs sont pré-sélectionnés par Arnaud Clément : Jo-Wilfried Tsonga, Gilles Simon, Gaël Monfils, Julien Benneteau et Richard Gasquet. Finalement, c’est notre Gillou national qui sera écarté du groupe malgré une très honorable 21ème place au classement ATP au moment de ce choix. Pas le moins bien classé, mais certainement celui qui avait le plus gros mental de poulpe des cinq.
De l’autre côté, pas vraiment de surprise dans la liste de Severin Luthi puisque deux joueurs tiennent l’équipe à bout de bras, Stanislas Wawrinka et Roger Federer. Marco Chiudinelli et Michael Lammer complètent la liste même si ces deux derniers savent qu’ils ne joueront pas un match du week-end.

Vendredi 21/11/2014 : Wawrinka mange du Kinder, Federer atomisé par les roquettes

C’est devant 27432 spectateurs quasiment tous acquis à la cause des Bleus que les deux équipes font leur apparition sur le court. Le groupe Skip the Use avait chauffé le stade quelques minutes plus tôt qui bouillonne d’impatience de voir les premiers échanges se jouer. Le premier match va opposer Stanislas Wawrinka, 4ème mondial et Jo-Wilfried Tsonga, 12ème au classement ATP. Une rencontre qui sera clairement marqué par la peur de l’enjeu pour le français qui n’aura jamais réussi à se relâcher et frapper pleinement dans la balle hormis dans la deuxième manche. Le plus relâché des deux hommes s’impose et il est suisse. Après un premier set mené de main de maître (6/1), Stan se déconcentre un peu et voit JWT revenir à hauteur (3/6) mais dans les troisième et quatrième manches, il n’y aura pas eu match. Victoire « facile » (6/1 3/6 6/3 6/2) car il n’est jamais facile de démarrer en premier sur un court dont on a pas l’habitude de jouer, surtout avec l’enjeu qui pesait sur cette rencontre. La suisse vire en tête 1-0.
La deuxième rencontre, qui oppose Roger Federer à Gaël Monfils, promettait d’être beaucoup plus serrée. Enfin, seulement sur le papier, car match il n’y a pas eu. Le suisse avait dû déclarer forfait quelques jours plus tôt en finale du Masters après s’être blessé au dos en demi finale face à son compatriote du week-end, Stan The Man. Federer, qui avait laissé planer le doute quant à sa participation à cette finale de Coupe Davis, est venu jouer ce match pour se tester, voir si son dos allait tenir et on a pu voir qu’il ne tenait clairement pas la cadence face aux roquettes d’un Monfils qui enflammait le public à mesure qu’il mettait le suisse à 10 mètres de la balle. Victoire facile pour le coup et sans les guillemets (6/1 6/4 6/3). La France recolle à 1-1 avant une bonne nuit de sommeil.

Samedi 22/11/2014 : Federer/Wawrinka laisse des miettes de pain sur le court

Toute la matinée, l’encadrement français jouera avec les nerfs des spectateurs et des journalistes. Alors que Jo-Wilfried Tsonga était pressenti pour épauler Richard Gasquet depuis le début, c’est finalement Julien Benneteau qui est aligné. Coup de poker d’Arnaud Clément ? Certainement pas, puisque nous apprendrons plus tard que Tsonga souffrait d’une blessure au poignet. Alors que le double suisse, en Coupe Davis, arrivaient avec un bilan négatif de 2 victoires pour 4 défaites, tout le monde se disait que les Bleus pouvaient faire quelque chose. Quoi de mieux que de basculer en tête avant les deux derniers simples du dimanche. Malheureusement, Roger Federer et Stanislas Wawrinka ne laisseront que des miettes à leurs adversaires, atteignant tous deux un niveau stratosphérique face à une paire largement dépassée. Victoire en 3 sets secs, 6/3 7/5 6/4, et la Suisse vire en tête 2-1.

Dimanche 23/11/2014 : Une branlée, un saladier et tout le monde finit bourré

Les Bleus se réveillent avec la gueule de bois le dimanche matin, se demandant encore comment Roger Federer, tant à l’agonie le vendredi après midi, a t-il pu retrouver la pleine possession de ses moyens le lendemain pour écraser le double avec son pote Stan. En raison de la blessure de Tsonga, c’est Richard Gasquet qui est envoyé à l’abattoir par Arnaud Clément. Tout repose sur Richard pour éviter aux Bleus de boire la tasse. Mais devant lui se dresse une montagne en la personne de Federer, certainement pas à 100%, mais bien loin des 10 ou 15% du vendredi. Et encore une fois, les Bleus vont faire grise mine en voyant Federer voler sur le court, enchainant les coups gagnants et les amorties pour mettre Richard à 100 mètres. On a même aperçu Richard à la machine à café derrière les tribunes sur un point tellement il était loin, très loin de pouvoir faire quelque chose face à ce Federer là. Sur une dernière amortie (6/4 6/2 6/2), Roger Federer peut lâcher sa raquette et s’allonger sur le court. Toute son équipe le rejoint et les Suisses vont fêter ça jusque dans les vestiaires où ils arriveront un brin éméchés lors de la conférence de presse.
Pour la petite anecdote, on apprendra deux mois plus tard que Federer avait failli abandonner au milieu du premier set lorsqu’il menait 4-2 et que sa douleur au dos s’est réveillée. Mais comme tout champion qui se respecte, le Suisse a serré les dents et il a offert à son pays la plus belle victoire de son histoire. Une victoire que la Suisse attendait depuis la création de la Coupe Davis.

Notre petit message aux Bleus pour ce week-end

À travers cet article, on voulait finir par souhaiter bonne chance à nos Bleus qui tenteront de soulever un dixième saladier d’argent à partir de demain. Après trois échecs, celui de 2002 contre la Russie, celui de 2010 contre la Serbie et celui contre la Suisse en 2014 donc, la bande de Yannick Noah fera face à la redoutable équipe belge emmenée par le finaliste du dernier Masters, David Goffin. On espère vraiment qu’ils la gagneront cette foutue Coupe Davis. Ok, elle manque clairement de saveur parce que aucune tête d’affiche ne la jouait cette année, mais plus tard, quand leurs petits enfants leur demanderont comment c’était de ramener le saladier d’argent à la maison, il n’y aura pas besoin de mentionner que le niveau était faible. C’est comme d’avoir son bac ; personne te demande comment tu l’as eu. Alors oui toi qui a eu 70 points à rattraper, sois fier de toi comme les Bleus le seront dimanche après midi.