Si on remonte 70 ans en arrière, le 15 avril 1947, les Etats-Unis et le sport américain étaient en train de vivre une journée historique. Une journée rendue historique par un personnage exceptionnel, le joueur de baseball Jackie Robinson. Retour sur une vie et une histoire hors du commun.

Le 31 janvier 1919, Jackie Robinson (né Jack Roosevelt Robinson) nait à Cairo dans l’état de Géorgie aux Etats-Unis. La période est sombre. Le Président Theodore Roosevelt est décédé 25 jours plus tôt et on est en pleine épidémie de grippe espagnole. La joie !

Il grandit en Californie et s’essaie à tous les sports : baseball (évidemment), basket, foot US, athlétisme. Il est tellement polyvalent qu’il représente sa fac UCLA pour ces 4 sports. Il bat des records chaque année. Il a tellement marqué cette université qu’il fait partie de son Hall of Fame.

Ensuite, il travaille et veut s’engager dans l’armée. D’abord refusé du fait de sa couleur de peau, il peut ensuite s’engager pendant 2 ans.

A son retour, en 1945, il est contacté pour jouer dans l’équipe de baseball des Monarchs de Kansas City, une équipe faisant partie de ce qu’on appelait les Negro Leagues. Explication : tous les propriétaires des franchises de baseball avaient passé un accord entre eux en 1887 pour exclure les joueurs noirs de la ligue professionnelle. Ainsi, ces joueurs ne pouvaient évoluer qu’au sein de ces Negro Leagues qui n’étaient pas professionnelles.

Même 60 ans plus tard, rien n’avait évolué. Les Blancs et les Noirs devaient manger dans des restaurants séparés, boire à des fontaines séparées, utiliser des toilettes séparées et embarquer dans des autobus séparés.

Il fait fort impression avec son équipe et participe aux « All-Star Games » de ces Negro Leagues. A tel point que le GM (General Manager) des Dodgers de Brooklyn l’appelle fin 1945 pour le recruter malgré l’accord de 1887. Pendant un an, il joue à Montréal en ligue mineure pour s’endurcir. C’est aussi un moyen de tester les réactions du public, des dirigeants et des joueurs. Le public noir est conquis mais les critiques sont acerbes et parfois violentes, d’autant plus que tout le monde sait qu’après cette année de « transition », il jouera en Ligue Majeure, ce qui brisera l’accord de 1887. A la fin de la saison, Robinson est le roi à Montréal. Il a réussi à faire l’unanimité.

Pour le début de la saison 1947, Jackie fait partie de l’effectif. Pour s’entrainer avec plus de sérénité, la tournée de préparation des Dodgers se fait à Cuba et au Panama. Certaines réactions hostiles de militaires au Panama sont néanmoins à relever. De plus, certains joueurs de sa propre équipe sont réfractaires à ce qu’il joue. Ce qui a entrainé une réaction très virulente du Manager des Dodgers qui a notamment déclaré : « Je m’en moque qu’un type soit jaune ou noir, ou qu’il ait des rayures comme un putain de zèbre. Je suis le manager de cette équipe, et je dis qu’il joue. De plus, j’ajouterai qu’il peut tous nous rendre riches ».

Ainsi, malgré la pression populaire et les atrocités entendues quotidiennement, Robinson est aligné le 15 avril 1947 pour le match d’ouverture de la saison. Cette journée est historique. Alors, pour être clair, il n’est pas le premier joueur noir à avoir joué en ligue professionnelle de baseball, il est le 4ème mais le premier depuis 1884.

Sa carrière, d’un point de vue sportif, est remarquable : six fois vainqueur du championnat de la Ligue Nationale avec les Dodgers, 1 fois MVP (en 1949), 6 fois All-star et membre de l’équipe du siècle désigné en 1999.

Mais au-delà de ça, il aura marqué le baseball et le monde d’une empreinte indélébile. Son numéro de maillot, le 42, a été retiré par la MLB (Major League Baseball) le 15 avril 1997 (50ème anniversaire de son premier match). Quand un numéro est retiré, cela veut dire qu’aucun joueur d’aucune équipe de la MLB ne pourra plus jamais porter ce numéro (sauf pour les joueurs le portant déjà au moment de la décision de retrait et qui pourront ainsi le garder jusqu’à la fin de leur carrière). Et depuis 2004, la MLB a proclamé que le 15 avril était le Jackie Robinson Day.

Les choses ont changé depuis 1947 et cet homme n’y est pas pour rien. En effet, suite à sa retraite sportive en 1957, il s’est engagé avec Martin Luther King et Malcolm X pour faire évoluer la situation du peuple noir des Etats-Unis. Un de ses coéquipiers chez les Dodgers a déclaré notamment que « Jackie a frayé la voie à Rosa Parks, Martin Luther King et tous les autres dirigeants noirs qui allaient se battre pour l’égalité raciale ». Robinson n’était pas qu’un simple joueur de baseball, il était le défenseur d’une cause et il a utilisé sa médiatisation pour la servir au mieux. Le monde et le sport ont besoin d’hommes comme lui.

Donc, on a une seule chose à vous dire, enjoy your Jackie Robinson Day.