Chaque championnat connait ses périodes de gloire et de disette en fonction des années qui se sont écoulées. Si l’on s’attarde sur le nombre de Ligue des Champions et de Ligue Europa remportées par chaque équipe appartenant à un des cinq grands championnats européens, on peut clairement identifier des différences de niveau dans le temps.

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Dans les années 1980-1990, c’est l’Angleterre qui a remporté le plus de titres avec six compétitions suivie de l’Allemagne et l’Italie qui en ont remporté trois, puis l’Espagne et la Suède avec deux compétitions, et le Portugal avec un trophée. On peut aussi remarquer que lors de cette décennie, trois équipes de championnats moindres désormais, ont remporté une compétition. La France n’apparait dans aucun palmarès à cette époque. Dans les années 1990-2000, la donne change puisque c’est l’Italie qui domine largement le classement avec dix compétitions européennes remportées. Elle est suivie par l’Allemagne avec quatre, puis l’Espagne avec deux et enfin l’Angleterre et la France se partagent la quatrième place avec une seule compétition glanée. On remarquera que la France fait pour la première et dernière fois son apparition dans ce classement. Depuis 2000, c’est encore un nouveau pays qui domine le palmarès. Après l’Angleterre puis l’Italie, c’est l’Espagne qui se classe en tête avec quinze compétitions remportées devant l’Angleterre avec seulement quatre trophées. L’Italie, la Russie et le Portugal complètent ce podium avec trois compétitions majeures remportées. Au regard des palmarès et en fonction des décennies, on peut clairement identifier des différences de niveau entre chaque championnat. Lors des années 1980-1990, on peut supposer que le championnat anglais est le tout meilleur puisqu’il rafle la majorité des trophées. Dans les années 1990-2000, le championnat le plus prolifique est celui de l’Italie, qui règne en maitre sur la scène européenne puis de nos jours, on peut considérer le championnat espagnol comme le plus grand pourvoyeur de trophées en Europe. Ces différents résultats pourraient nous laisser conclure que le championnat anglais, puis italien et enfin espagnol ont été les meilleurs depuis 1980. Cependant, le seul aspect du palmarès n’est pas un critère suffisant.

Chaque championnat possède des caractéristiques différentes qui demandent des spécificités différentes aux joueurs. Il est donc difficile de prouver qu’un championnat est meilleur qu’un autre. Les championnats allemand et anglais se positionnent comme les meilleurs championnats grâce à leur attractivité et leur compétitivité. En effet, en Bundesliga, on peut constater que tous les stades sont pleins à craquer, ce qui montre un énorme engouement autour de ce championnat. Les rencontres sont de plus en plus serrées et il y a beaucoup moins de buts inscrits en Allemagne qu’en Angleterre. Pourquoi y’a t-il un tel engouement ? Tout simplement, parce que ce championnat est plus serré. Il n’y a pas une réelle différence de niveau entre le premier et le dernier du classement. Même un match entre le dernier et l’avant dernier peut devenir extraordinaire par son intensité et le caractère indécis qu’il prend.
L’arrêt Bosman de 1995 qui a permis la libre circulation des joueurs d’un pays vers un autre aurait pu homogénéiser le niveau de chaque championnat. Mais ce n’est pas le cas, puisque chaque championnat est différent à plusieurs niveaux.

Selon une étude de Chris Carling pour le cabinet Deloitte, analyste du football professionnel, le championnat français se classe en première position du critère physique. Les joueurs français courent en moyenne plus (10,5 kilomètres) que dans les autres championnats tels que la Premier League (10,3 kilomètres), la Bundesliga (10,1 kilomètres) et la Liga espagnole (9,9 kilomètres). Finalement, plus les joueurs courent, moins le ballon circule entre les joueurs. Ce qui confirme les caractéristiques d’un championnat espagnol tourné vers la création d’actions en ayant toujours toujours en tête de construire celles-ci. Lorsque l’on s’attarde sur le critère de la combativité, c’est à dire le nombre de duels réalisés en moyenne dans un match, c’est l’Angleterre qui est devant avec en moyenne 52 duels de la tête et 161 duels à terre. L’Espagne est loin derrière avec seulement 32 duels de la tête et 101 duels à terre. Ce qui peut paraitre plutôt logique quand on sait que le championnat espagnol redouble énormément les passes avant de se créer une occasion. Si l’on tient compte maintenant du classement au nombre de buts marqués dans les cinq grands championnats européens, on ne remarque pas de tendances claires suivant les années. En 2015, l’Italie était le championnat le plus prolifique avec 2,7 buts en moyenne par match devançant l’Espagne avec 2,65 buts puis l’Angleterre avec 2,60 buts. Au pied du podium, on retrouve la France avec 2,5 buts puis l’Allemagne ferme la marche avec 2,48 buts inscrits par match. En 2016, l’Espagne a amélioré sa moyenne avec 2,74 buts marqués par match, l’Angleterre est deuxième avec 2,7 buts par match et l’Italie complète le podium avec 2,58 buts par match. La France reste quatrième avec 2,53 buts par match. Seule l’Allemagne a régressé avec seulement 2,27 buts marqués par match.
Si l’on s’étend au niveau technique et que l’on regarde le classement des 100 meilleurs dribbleurs des cinq grands championnats, on constate que 32 font partie du championnat anglais, 29 du championnat français, 23 du championnat italien, 12 appartiennent au championnat espagnol et seulement 4 font partie du championnat allemand. À travers ces résultats, on peut légitimement penser que le championnat anglais est le plus technique.

L’aspect économique est aussi à mettre en avant car il existe très peu de clubs qui sont détenus par des entreprises étrangères dans le championnat allemand. Ce qui représente une réelle différence avec d’autres championnats. Depuis une dizaine d’années, l’argent prend une place de plus en plus grande dans certains grands clubs de football, surtout en Angleterre. Des milliardaires investissent en masse pour créer une équipe dans le but d’être compétitif sur la scène nationale mais aussi européenne. Encore une fois, l’argent peut être un argument mais pas une finalité puisque le championnat allemand arrive très bien à être compétitif à l’échelle européenne dans un environnement économique national. Ce qui n’est pas le cas de l’Angleterre puisqu’elle compte vingt équipes dans son championnat et plus de la moitié sont gérées par des actionnaires étrangers. Quand les actionnaires du championnat allemand se comptent sur les doigts d’une seule main, son homologue anglais l’utilise à plein régime. Cette tendance est en train de se vérifier en France avec l’arrivée d’investisseurs qataris au Paris Saint Germain, russes à Monaco et plus récemment d’actionnaires américains à l’Olympique de Marseille, chinois à l’Olympique Lyonnais et sino-américains à Nice. Il y a une certaine corrélation entre l’apparition d’investisseurs et le niveau que ces équipes véhiculent. On constate que l’arrivée d’investisseurs améliore considérablement les résultats des équipes qui deviennent de plus en plus compétitives.

Finalement, il est difficile de donner une réponse précise sur le fait qu’un championnat est meilleur ou moins bon qu’un autre. Le championnat espagnol est le plus prolifique en buts, le championnat français est le plus physique ; le championnat anglais est le plus combatif mais aussi celui où il y a le plus d’argent et d’investisseurs et le championnat allemand est le plus serré. Mais ces conclusions sont à tempérer car une certaine homogénéisation des différents championnats est en train de se développer.