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L’agent sportif est une personne qui, à titre occasionnel ou habituel et contre rémunération, met en rapport les parties (joueurs, entraîneurs et clubs) intéressées à la conclusion d’un contrat rémunéré de joueur de football ou d’une convention de transfert. Selon l’article L.222-7 du Code du sport, il doit être titulaire d’une licence d’agent sportif. De la détection au management de la carrière, en passant par l’intermédiation avec les clubs ou la gestion des transferts, l’agent intervient tout au long de la vie professionnelle du joueur de foot. Il lui est devenu indispensable.

Un point important à souligner concerne leur rémunération. L’article L.222-17 du Code du sport dispose que le montant de la rémunération de l’agent sportif ne peut excéder 10 % du montant du contrat conclu par les parties qu’il a mises en rapport. L’article précise que lorsque plusieurs agents interviennent pour la conclusion d’un même contrat, le montant total de leur rémunération ne peut non plus excéder 10% du montant du contrat conclu. Aussi, les agents touchent une partie du salaire annuel perçu par le joueur. De quoi mettre de la viande de qualité (ou du tofu, on respecte tout le monde) dans l’assiette.

La très grande majorité des agents est totalement inconnue du grand public. Mais, certains d’entre eux sont des personnes publics très influents, même parfois invités sur les plateaux de télévision. Parmi eux, on peut citer en premier lieu -parce qu’on est chauvin- Jean-Pierre Bernès. De Deschamps à Blanc en passant par Nasri, Ribéry ou Fekir, beaucoup de joueurs et coachs (ou anciens coachs, hein Lolo) ont décidé de s’offrir ses services. Deux autres noms méritent également d’être cités, mais cette fois, ce ne sont pas des français. On pense d’abord à Mino Raiola surnommé le tout puissant. Il est notamment l’agent d’Ibrahimovic. Il avait déclaré à son sujet une phrase culte : « Ibrahimovic est une oeuvre d’art. Je ramène la Joconde ! ». Rien que ça. Mais ce n’est pas tout. Il s’occupe également de Matuidi, Balotelli ou encore Pogba. On aura l’occasion de reparler de la Pioche justement et de l’implication de Raiola dans son transfert à Manchester United. Enfin, on connait l’incontournable Jorge Mendes à qui Cristiano Ronaldo a acheté une île grecque. Le joueur portugais quadruple (et bientôt quintuple) ballon d’or est son joyau. Mendes est le 2ème agent le plus puissant du monde du classement 2016 (le premier dans le football avec plus de 72 millions d’euros de commissions perçues l’année dernière) derrière Scott Boras qui s’occupe de joueurs de base-ball. Parce qu’ok on parle de foot là, il y a beaucoup d’argent. Mais aux Etats-Unis, dans le base-ball et le basket c’est du délire en 100 fois pire. Parmi les 6 agents les plus puissants du monde, 4 sont dans le base-ball. Certes, c’est un sport chiant à mourir, les gens dans le stade sont là pour bouffer et parler, mais ça rapporte un blé phénoménal.

Tout ceci parait beau comme ça mais le problème est que le milieu des agents est très obscur. Et de nombreuses affaires sont venues ternir la réputation de ces intermédiaires. On se souvient notamment de l’affaire Dassier, l’ancien président de l’Olympique de Marseille. Il avait notamment déclaré :  » Ce qui inquiète à juste raison les juges de Marseille, c’est qu’ils pensent que des mafieux ont infiltré le milieu des agents et qu’il s’y passe des choses anormales (…). Et ça, c’est probable en effet. Un certain nombre de noms qui circulent ferait mieux d’être ailleurs. Donc il faut assainir ce milieu (…) Quand il y a des canards boiteux, et le mot est faible, qui s’introduisent dans le milieu pour picorer quelques euros au passage, il faut avoir les moyens si c’est possible, et ce ne sera pas simple, de les éliminer  » avant de conclure « Si vous arrêtez un certain nombre d’agents qui méritent de l’être, on débouchera le champagne ensemble« .

De manière plus générale, une enquête avait été menée juste avant l’Euro 2016. D’anciens agents, un ancien juge et des journalistes d’investigation avaient témoigné. Il en ressortait que 90% des transferts étaient pipés du fait du jeu des rétrocommissions versées aux agents. Plus grave, de nombreuses opérations de blanchiment d’argent ont été constatées. Il s’agit très simplement d’introduire de l’argent « sale », c’est-à-dire gagné frauduleusement, et de l’injecter dans un circuit légal afin de la rendre propre et ainsi de le blanchir. Ce circuit légal en question, c’est le marché de transferts. Tout ceci est rendu possible par le contrôle beaucoup trop limité effectué par la FIFA sur la traçabilité des flux financiers. Un journaliste indépendant s’était notamment intéressé à l’ancien agent Lucien D’Onofrio qui s’était notamment occupé de Zidane et Deschamps. Il avait déclaré à son sujet : « Il dispose de toute une galaxie de sociétés off-shore, mises en place soit pour toucher des commissions en tant qu’agent de joueur, soir pour rémunérer parfois des joueurs, au black, ou pour acheter de l’immobilier. C’est le volet blanchiment de l’argent. J’ai dénombré plus d’une dizaine de sociétés off-shore au Panama, aux Iles Vierges britanniques, à Chypre, aux Pays Bas, en Grande-Bretagne« .

Tout récemment, une enquête a été ouverte concernant le transfert de Pogba à Manchester United. Et c’est notamment le rôle de Raiola dans le transfert qui est au coeur des soupçons. Dans ce contrat, Raiola était l’agent de Pogba, mais également celui de Manchester United et de la Juventus (sans l’avoir déclaré à Manchester United, ce qui est prohibé par la règlementation anglaise). Ainsi, Football Leaks a révélé que Pogba a en réalité coûté 127 millions d’euros à Manchester United, dont 49 pour Raiola et le reste pour la Juve. Affaire à suivre…

En réaction à l’éthique douteuse de ces agents, le législateur français a crée le statut d’avocat mandataire sportif, l’avocat étant, contrairement à l’agent sportif, soumis à des règles de déontologie très encadrées. Malheureusement, un gros inconvénient demeure pour l’avocat mandataire sportif. Il ne peut pratiquer d’activités de courtage. Or, c’est typiquement ce que fait un agent. L’avocat mandataire sportif peut représenter une partie par le biais d’un mandat civil classique mais il ne peut mettre en relation plusieurs parties afin qu’elles concluent entre elles un contrat. L’idée est belle en théorie mais en pratique, on ne voit pas comment cela pourrait fonctionner. Des ajustements doivent être effectués.