Moscou, Stade Loujniki, peu avant 19h, le 16 juillet 2018.

Le stade explose, les joueurs et le staff de l’équipe de France lâchent tout. Ils sont CHAMPIONS DU MONDE. 20 ans après, ils l’ont refait. Une deuxième étoile viendra décorer le maillot.

Le pays qui a retenu son souffle et est passé par tous les états pendant près de 2 heures, peut enfin exulter. Tout le pays s’est mobilisé comme un seul homme pour soutenir cette équipe. Pour soutenir ces petits jeunes et ces moins jeunes. Pour soutenir ces bons gars, ces potes, qui ont réalisé le plus bel exploit et le plus bel accomplissement de leur vie.

Ils sont rentrés dans l’éternité et la génération 90 –dont je fais fièrement partie– est enfin récompensée et peut vivre son GRAND moment. Messieurs Zizou and Co, laissez place à la Grizou Team.

Avant ça et depuis 98 ?

Pas que des moments glorieux. Une Coupe du Monde 2002 catastrophique, le coup de casque final de Zidane suivi de la pire séance de tirs aux buts de notre histoire, le bus de l’enfer, les affaires Nasri, Benzema, Ribéry, la tête folle de Mats Hummels et la valse de critiques essuyées après le fade 0-0 face au Danemark.

Mais depuis ce match surréaliste contre l’Argentine, cette équipe de France, éclatante de jeunesse et de puissance, a montré tous ses visages, a joué au caméléon pour se sortir de pièges autant différents que dangereux. Avec toujours la même efficacité. 4 victoires claires et nettes en 90 minutes. Qui d’autre aurait pu réaliser ça et glaner cette étoile ? Personne. N’en déplaisent à Messieurs Hazard et Courtois. Non messieurs, vous n’avez pas su vous adapter. A la manière d’une équipe guardiolesque, vous êtes morts avec votre système.

Comment expliquer un tel parcours ?

Je l’expliquerais par un savant mélange entre rigueur tactique, insouciance de la jeunesse et une capacité d’adaptation hors du commun.

Prenez les 4 matchs à élimination directe que nous avons disputés. Aucun de ces matchs ne se ressemble. Souvent critiquée pour son absence d’identité de jeu, l’Equipe de France version CDM 2018 en a fait sa plus grande force. De la folie de l’Argentine, on est passé à l’ultra-solidité et efficacité contre l’Uruguay et la Belgique. Moins flamboyants, on a joué pour gagner. Et quand on fait du foot à ce niveau-là et qu’on joue une compétition comme la Coupe du Monde, il n’y a que ça qui compte. N’en déplaisent aux « amoureux » du « beau » football. Parce que la beauté du football, c’est aussi ça. Etre intelligent et efficace et sortir du carcan qui veut que le seul modèle qui soit respectable soit celui du Barça ou du Bayern.

Et c’est ça l’apport fondamental de Deschamps. Putain Didier. Joueur clé il y a 20 ans, il est définitivement l’homme fort de ce groupe. Ok, il a pas de chicots, il a une bouche à faire chialer un aveugle, mais putain quel coach. Quel sélectionneur !

Il a repris cette équipe après un Euro 2012 ultra décevant. Il a constitué son groupe d’une main de maitre. Souvent moqué pour sa volonté de créer une vraie cohésion de groupe, plaçant ce principe au dessus de tout le reste, il n’a jamais renoncé. La Coupe du Monde 2014, malgré cette défaite tant cruelle que frustrante contre l’Allemagne, a posé les fondations solides d’une nouvelle équipe. Deux ans plus tard, à la maison, il a réussi à croquer cette même Allemagne en demi-finale de l’Euro. Cette défaite en finale contre le Portugal, douloureuse à souhait, relève maintenant plus de l’anecdote. Ces mecs-là avaient appris de leurs erreurs.

Et début 2017, un OVNI est venu en aide de DD. Kylian Mbappé. Le joyau pur, le bijou qui te change totalement l’éclat d’une équipe. Le ciel est la limite avec ce mec. Les débuts n’ont pas non plus été tout rose. Il a également dû, quelques mois plus tard, digérer son arrivée au PSG pour 180 patates. Pas évident pour un gamin de 18 piges d’avoir autant de pression sur les épaules. La pression, globalement, il l’a croquée et est arrivé en Russie en pleine confiance et avec une année de plus au compteur. Et quelle Coupe du Monde !! Elu simplement meilleur jeune –Luka Modric ayant remporté le trophée de meilleur joueur-, il méritait certainement mieux. Après son Acte de Naissance face à l’Argentine –2 buts et 1 pénalty provoqué-, il a confirmé contre l’Uruguay et la Belgique et son but en finale –le but qui nous libère totalement– vient parachever un tournoi de mammouth. Il a 19 ans et c’est déjà un des tous meilleurs. Son talent a éclaté à la face du monde avec autant de force que de douceur. Parce qu’au delà du footballeur hors norme et surdoué qu’il est, Kylian est aussi un sacré bonhomme. Une humilité effrayante. Une simplicité déconcertante. Son interview hier après la finale était juste irréelle. Le gars a les deux pieds ancrés sur Terre et pense déjà à l’après. Il est champion du Monde et il assume ça avec un détachement hors du commun.

Tu nous rajoutes en plus un Hugo Lloris enfin décisif –malgré son immense boulette hier soir-, un Paul Pogba au sommet de son art et de sa maturité, un Ngolo Kanté étourdissant qui aurait pu lui aussi récupérer le trophée de meilleur joueur –malgré son non-match en finale-, et un Antoine Griezmann taille patron surfant sur sa victoire en Europa League quelques semaines plus tôt.

Une défense exceptionnelle avec des latéraux minots qui ont gagné leur place comme des chefs et une charnière centrale Assurance tous risques.

Puis un système de jeu clair et précis incarné par Olivier Giroud. Ok, Giroud n’a pas un jeu sexy, il est techniquement moins à l’aise que ses coéquipiers. Mais quel guerrier, quel coéquipier. Il a joué pour le collectif et le collectif s’est bien mieux porté grâce à lui. Giroud, c’est le genre de gars que tu préfères avoir dans ton équipe que contre toi. Il n’a pas marqué, a cadré 1 seule petite frappe en 7 matchs, mais si on a réussi ce qu’on a réussi en trouant autant les défenses notamment comme hier, c’est en grande partie grâce à lui. Allez défendre 90 minutes sur ce colosse et on en reparle.

Alors, ok, ça ne va pas concrètement changer nos vies. Mais voir ces gamins aller au bout de leurs rêves avant autant de force, de vaillance et de courage, c’est source d’inspiration. Merci Messieurs de nous avoir montré à quel point le foot est beau et d’avoir fait chialer Monsieur le Président. CHAPEAU LES ARTISTES !!!