Quoi de plus frustrant que de ne pas pouvoir siroter une bonne bière alcoolisée pour fêter l’ouverture du score de ton équipe préférée ? Allez avoue, tu t’es toujours demandé pourquoi, en France, on nous servait toujours des boissons non alcoolisées dans les stades. Merci la loi Evin. T’as beau avoir ton abonnement dans la tribune populaire, t’es pas plus dangereux que l’avocat invité par le club qui tient sa coupe de champagne à la mi-temps. Le Vestiaire du Sport t’explique à sa façon son point de vue et t’encourage encore à aller au stade car peut être qu’un jour, cette bière que tu as tant rêvé, deviendra réalité.

Alors on en est où avec cette loi Evin ? 

Les institutions sportives ressentent le besoin de corriger la problématique des boissons alcoolisées dans les stades. Le lobby de l’alcool souhaite établir une consommation responsable auprès des consommateurs, autrement-dit, la personne est totalement responsable de ce qu’elle consomme. Puis nous avons les hygiénistes qui refusent toute forme d’assouplissement de la loi Evin pour des raisons de santé publique. Les partisans de la loi considèrent qu’une consommation responsable ne peut être appliquée si les mesures de santé publique sont détricotées.

De nombreux freins font obstacle à la réintégration des boissons alcoolisées dans les stades français. A commencer par le sponsoring qui est considéré comme une incitation à la consommation. Notamment avec l’essor des retransmissions sportives qui attire de plus de téléspectateurs. De plus, la ligue de football voudrait commercialiser la bière dans tous les stades de ligue 1, contrairement aux associations hygiénistes qui dénoncent une mesure qui porte atteinte à la sécurité et à la consommation excessive. En effet, au delà des principes de santé publique, la vente de boissons alcoolisées dans les enceintes sportives est également remise en cause en raison des problèmes de violence lors des jours de match même si c’est loin d’être la cause principale.

Au fil des années, les stades deviennent des lieux de spectacle inéluctable. Un véritable lieu social de défoulement ou la violence verbale est tolérée et ou l’on peut laisser libre cours à ses émotions quel que soit son appartenance social. Cependant, une nouvelle forme de violence fait son apparition dans les stades à la fin des années 1960, le hooliganisme. Les hooligans sont des groupes de supporters adeptes de la violence notamment lors de rencontre sportive. Des casseurs qui multiplient les actes de vandalisme.

L’origine de ce phénomène vient simplement du désir de gagner contre l’équipe rival. La fréquence de ces violences semble provenir des relations entre deux groupes de supporters qui s’opposent. Selon Philippe Broussard, auteur du livre « Génération supporter », les actes de violence réalisés par les hooligans n’ont pour la plupart du temps aucun rapport avec la physionomie du match. Par conséquent, nous pouvons en déduire que le hooliganisme est un véritable fléau qui pénalise la consommation de boissons alcoolisées dans les stades. L’alcool ne rime pas forcément avec violence lors des manifestations sportives.

Concernant l’interdiction des boissons alcoolisées dans les stades, la ligue de football professionnel souhaite que le système des dérogations soit perpétuel. Le fait de ne pas autoriser la vente de boissons alcoolisées dans les stades favorise le binge-drinking. Un mode de consommation qui consiste à boire une quantité massive et rapide d’alcool dans le but d’atteindre une ivresse abusive. Pour les instituions sportives, la loi Evin suscite des interrogations quant aux inégalités qu’elle occasionne. Par exemple, comment peut-on justifier que la buvette du Matmut Atlantique distribue de l’alcool lors des matchs de rugby et non lors des matchs de football ? Premièrement, les amateurs de rugby sont considérés comme plus sage par rapport aux supporter de football. La seconde raison est que la plupart des clubs de rugby bénéficient de la licence 2 qui correspond à la vente des boissons du « groupe 2 ». Une licence qui permet aux clubs de distribuer des boissons alcoolisées pendant l’ouverture des débits de boissons, à condition de commercialiser de la nourriture. Les dirigeants des clubs de football dénoncent cette tolérance accordée au rugby et proclame une certaine discrimination.

Suite à l’assouplissement autorisant les publicités en faveur des produits du terroir et de l’œnologie, la loi Evin pourrait être améliorée pour deux choses. La première concerne la réintégration des alcools légers (bière, vin) sur les débits de boissons lors des manifestations. Puis de donner la possibilité aux marques de boissons alcoolisées de faire de la publicité dans les enceintes sportives. L’argument de façade pour monsieur Quillot est de rétablir une certaine forme d’équité par rapport aux autres championnats européens. De plus, cela permettrait aux clubs de générer des revenus additionnels.

Les institutions sportives souhaitent que la loi Evin s’assouplisse pour améliorer leur performance économique. D’après le rapport financier des clubs de ligue 1 pour la saison 2015/2016 publié par la direction nationale de contrôle de gestion, le résultat d’exploitation est estimé à – 387 millions d’euros. Autrement-dit, les revenus comme les droits télévisés, sponsoring et billetterie ne suffisent pas à combler l’ensemble des charges et creusent un important déficit. C’est pourquoi les clubs et les organisations sportives souhaitent rétablir les boissons alcoolisées dans les stades. En novembre 2014, l’Union des Clubs Professionnels de Football avait publié un rapport qui s’intitule « le décrochage». Ce document fait référence au championnat allemand qui ne possède aucune législation sur les boissons alcoolisées. En conséquence, la vente de bière rapporte 40 millions d’euros aux clubs de Budesliga, sans compter le sponsoring alcoolier qui s’estime à 24,2 millions d’euros. Un manque à gagner considérable pour les clubs de football français.

Peux on calquer sur certains modèles européens ?

Peut – on considérer que la loi Evin et l’Europe isole la France ? Pour cela, il serait judicieux de faire une analyse comparative des réglementations en Europe. Prenons l’exemple des pays du nord. En Suède et en Finlande, toute publicité pour les boissons alcoolisées est interdite dans la presse, à la radio et à la télévision. Les bières qui possède un degré volumique entre 2.8° et 3.7° peuvent figurer dans la presse mais sont en aucun cas autorisé dans les médias audiovisuels. Le Danemark autorise les publicités dans la presse uniquement. On peut également retrouver les mêmes mesures en Autriche.

Un deuxième groupe d’Etat membres comme le Royaume – Uni, les Pays – Bas, l’Espagne et le Portugal est soumis à des restrictions rigoureuses. Toutefois, ces dispositions sont moins pénalisante que les pays du nord car la législation limite simplement le contenu sur les affiches. De plus, la publicité télévisée est autorisée mais seulement à titre informatif. La France est donc loin d’être isolée en ce qui concerne la publicité pour les boissons alcoolisées. Cependant les restrictions dans ce domaine varient à travers l’Europe. D’après Jacques Billes, vice-président de l’association des agences conseils en communication de 1982 à 2004, la France ne respecte pas ses engagements européens : « La loi Evin constitue une entrave à la libre circulation des biens et des services telle qu’elle est définie par l’article 59 du Traité de Rome ». Autrement-dit les partisans de la Loi Evin se donnent des moyens disproportionnés pour répondre aux objectifs de santé publique et se résulte à une France qui ne respecte pas ses engagements européens.

Mais encore, Thierry Braillard, secrétaire d’Etat aux sports, a recueilli un rapport le 19 Avril 2016 qui regroupe 67 préconisations de différentes natures (législatives, réglementaires, économique) dans le but d’améliorer la situation du sport professionnel français. En effet la France connaît des difficultés économiques sur ce secteur en raison d’un manque de diversification sur l’offre de service dans les enceintes sportives.

Parmi les 67 propositions de réforme, nous pouvons retrouver la préconisation 3.3 dont le titre est : « Développer l’offre de services dans les enceintes sportives, dont l’offre de places avec prestations, et harmoniser la législation française et européenne sur les règles de publicité pour les marques d’alcool »19. Une préconisation qui inclue l’assouplissement de la loi Evin avec l’idée d’autoriser la vente et la publicité des boissons alcoolisées dans les stades, afin de trouver un équilibre avec nos voisins européens. Quel est son constat ? Malgré une croissance de 26% entre 2010 et 2014, les clubs français possède une marge qui subit une dégradation perpétuelle. Le rapport explique ce phénomène par la monter des charges d’exploitation (Achats de marchandises, frais d’organisations de matches, impôts et taxes…). En effet, les charges des clubs de ligue 1 se sont accrues plus rapidement que leur produit (Droit TV, recette billetterie, sponsoring) et près de la moitié des clubs professionnels affichent un déficit.

Nous constatons également que l’Etat et les collectivités territoriales ont beaucoup investis dans la construction et la rénovation des stades. Par conséquent, ils demandent à ce que les enceintes sportives puissent faire évoluer leurs recettes à 100%, en commençant par assouplir la loi Evin. La vente et la publicité des boisons alcoolisées est un manque à gagner considérable pour les clubs. En effet, c’est une recette qui s’estime à 64.2 millions d’euros pour le championnat allemand. Une situation qui ne cesse d’agacer les institutions sportives dans la mesure ou la loi Evin procure des inégalités au niveau national mais également à l’échelle européenne. Ces éléments nous montrent à quel point les pouvoirs publics et les institutions sportives souhaitent bénéficier du même traitement de faveur que ses homologues européens. D’une part pour réduire les disparités, puis de l’autre pour générer des recettes supplémentaires qui sont primordial pour la santé économique des clubs français. Le rapport recueilli par Thierry Braillard ainsi que les modifications portées sur la loi Evin à l’Assemblé Nationale nous laisse supposer que le sport français est sur la bonne voie. Pour en conclure, l’intérêt économique porté par le lobby des boissons alcoolisées est devenu un argument de poids face aux principes de santé publique revendiqué par les groupes de pressions hygiénistes.