Ça y est, après 11 mois de compétition, la saison tennistique s’est achevée. Et avec elle son lot de surprises et d’émotions. Le Vestiaire du Sport vous propose de revenir sur cette saison 2018. Embarquez, on est bien. 

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MVP de l’année : Novak Djokovic 

Qui d’autre que Novak Djokovic pour être le MVP de la saison 2018 ? Personne.

La saison du serbe est exceptionnelle en ce qu’elle n’a ressemblé à aucune autre. Il faut le rappeler, Nole avait mis fin à sa saison 2017 après une défaite en quarts de finale à Wimbledon face à Berdych. Une blessure au coude l’embêtait depuis plus d’un an et son dernier titre en Grand Chelem, à Roland Garros, en 2016. Il fallait opérer et prendre le temps de revenir. Il le fallait physiquement. Mais aussi mentalement. Le serbe était complètement épuisé. Il terminait la saison 2017 sans aucun titre du Grand Chelem, une première depuis 2010. Un véritable tremblement de terre.

Cette fin de saison prématurée le fera sortir du Top 10. Il termine la saison au 12ème rang mondial. Il fallait tout recommencer. Et que ce fut dur lors des premiers mois. Une défaite en huitièmes de finale de l’Open d’Australie, son Grand Chelem fétiche -qu’il a remporté à six reprises-, face à Chung. Ensuite, sa tournée américaine fut chaotique. Deux « firsts » à Indian Wells puis Miami. D’abord face à Taro Daniel qui avait alors abattu toutes ses cartes. Et ensuite une doudoune face à Benoit Paire en Floride. Mais comment est-ce possible ? Qui êtes-vous et qu’avez-vous fait de Novak Djokovic ?

Vivement la terre battue. Nole se sépare d’Agassi et reprend celui qui lui a fait tout gagner, son coach de toujours, Marian Vajda. Marian reviendra à une seule condition : se séparer du « gourou » Pepe Imaz. Cet espèce de coach mental, extrêmement décrié dans l’entourage du serbe, qui lui interdit toute consommation non végétale. Adios Pepe, welcome back Marian.

Mais non, ça ne va toujours pas. Des défaites précoces et totalement inhabituelles face à Thiem, Klizan et Edmund. On se demande si on retrouvera un jour le vrai Novak. Et paradoxalement, c’est après son meilleur résultat de la saison –une demi-finale à Rome, perdue face à Rafa– qu’il atteindra son pire classement ATP depuis octobre 2016. Le serbe est 22ème mondial à l’approche de Roland Garros. Porte d’Auteuil, il fait de belles choses. Jusqu’à ce huitième de finale complètement dingot contre Mario Cecchinato, l’italien sorti de nulle part. Le match est spectaculaire mais Nole est à des années lumières de son meilleur niveau et perd un match qu’il n’aurait jamais dû perdre à l’issue d’un tie-break d’anthologie perdu 13-11 au 4ème set.

On range les chaussures de terre, on sort les picots du placard. Et là commence une seconde saison pour Novak. Il atteint la finale du Queen’s, battu seulement par un très bon Marin Cilic. Il aborde Wimbledon avec un peu plus de confiance. Et quel tournoi. C’est une balade de santé jusqu’à sa demi-finale face à Rafa. Un match stratosphérique, l’un des matchs de l’année à coup sûr, on en reparlera. Il retrouve enfin une finale de Grand Chelem. Il ne fera qu’une bouchée de Kevin Anderson en finale. 3 sets, merci au revoir.

La suite est tout aussi belle. Hormis un petit accroc face à Tsitsipas en huitièmes de finale de Toronto, il enchaîne 22 victoires de rang pour s’envoyer Cincinnati –face à Roger en finale-, l’US Open, Shanghai et atteindre la finale de Bercy. Avec la première victoire de sa carrière à Cincinnati, Nole devient le premier joueur de l’histoire à remporter tous les Masters 1000. Tout simplement fabuleux.

Rafa encore blessé en fin de saison, Nole récupère la place de numéro 1 mondial et va en finale au Masters. Malgré une défaite sèche face à Alexander Zverev, le serbe caracole en tête du classement ATP avec plus de 1500 points d’avance sur la majorquin. Et il risque de creuser l’écart jusqu’à Roland Garros, avec très peu de points à défendre d’ici là.

Pour toutes ces raisons, la saison 2018 de Novak Djokovic est stratosphérique. De surcroit, il a égalé Pete Sampras et ses 14 titres du Grand Chelem. Seuls Roger (20) et Rafa (17) le devancent encore. Pour combien de temps ? Telle est la question.

Matchs de l’année

Cette rubrique est sponsorisée par le taureau Rafael Nadal. On aurait même pu en prendre 4 de lui en rajoutant le quart de finale de Wimbledon contre Del potro ou le troisième tour de l’US Open face à Khachanov –on garde ce dernier match pour la catégorie « Point de l’année »-.

  • Rafa vs Djoko – Demies Wimbledon

On ne va pas se mentir. Il y a eu des Rafa-Djoko plus dantesques que celui-là. On pense à la finale de l’Australian Open en 2012 ou alors à la demi-finale de Roland Garros en 2013. Mais attention, on a quand même assisté à un immense match de tennis qui a signé en quelque sorte l’acte de renaissance du serbe. 6-4 3-6 7-6 3-6 10-8. 5h30. Sur deux jours.

Je cache pas que le fait que le match ait été coupé en deux a un peu diminué son attrait. Surtout que l’interruption a eu lieu après le tie-break du 3ème set qui a constitué le vrai moment fort de la rencontre. Comme en témoigne ce point.

  • Rafa vs Thiem – Quarts US Open

Je pense que niveau intensité, on est monté d’un cran avec ce match. Tu peux pas aller au-delà. Dommage que ce ne soit qu’un quart de finale de Grand Chelem. Car, quel combat, quels guerriers. Thiem, qui n’avait jamais pris un set en Grand Chelem à l’espagnol, s’est dépassé pour livrer l’un des plus grands matchs de sa carrière. Mais ce ne fut pas suffisant tant Rafa a été solide.

0-6 6-4 7-5 6-7 7-6. 4h49. C’est quand se joue ce genre de matchs que tu regrettes au fond de toi qu’il doive y avoir un tie-break au 5ème set. Quand un vrai combat physique est en route, avec des rallyes, des points difficiles en veux-tu en voilà. Tu te dis « Merde ». Parce que les organisateurs en ont marre de voir des géants de 4 mètres claquer des aces jusqu’à 25-25, on se fait « voler » des fins de match qu’on ne peut qu’imaginer. Et s’il n’y avait pas eu de tie-break au 5ème ? Et si, et si. On se satisfait avec amertume de ce qu’on a eu. Je vous offre un point pour que vous puissiez vous rendre compte.

Point de l’année : Rafa vs Khachanov – 3ème tour US Open

1 set partout. Tie-break du 3ème set. 8-7 Rafa. Service Rafa. 3h20 de match. La suite se passe de commentaires. On se revoit dans 2 minutes.

Flop de l’année : Jack Sock

Pas hyper compliqué en réalité. On va parler d’un mec qui était 8ème à la fin de la saison 2018 et qui est aujourd’hui, un an plus tard, 106ème mondial. Vous l’avez reconnu, il s’agit bien évidemment de Jack Sock. Donnée supplémentaire qui montre l’étendue de la catastrophe : Jacques Chaussette n’a pas été blessé. Il a joué 21 tournois. Oui, 21. Pour 9 victoires. Et évidemment, 21 défaites. En outre, il a réussi l’exploit de ne gagner qu’un seul match en Grand Chelem. A l’US Open, chez lui, contre le 118ème mondial. C’est ce qu’on appelle une chute libre dans le jargon du parachute.

Mais, à côté de ça, Jacques s’est « découvert » une passion pour le double. Il est quand même 2ème mondial le bonhomme. Et il s’est même permis de remporter Wimbledon, l’US Open et le Masters avec son poto Mike Bryan, disponible depuis la blessure à la chance de son frère Bob. C’est quand même fou le tennis.

MIP de l’année : Stefanos Tsitsipas et Alex de Minaur

Pour ceux qui touchent pas une bille en anglais et qui regardent pas mes podcasts NBA, MIP ça veut dire Most Improved Player. Le mec qui a le plus progressé quoi. Et pour cette catégorie, je suis désolé, mais je n’ai pas pu choisir entre ces deux artistes.

D’un côté, Stefanos, 20 ans, 91ème mondial fin 2017, et aujourd’hui numéro 15 à l’ATP. Le grec a passé un sacré cap. Son principal fait d’arme : une finale au Masters 1000 de Toronto après avoir battu 4 membres du Top 10 consécutivement. Pas 1, pas 2, pas 3. Mais bien 4. D’abord Thiem, puis Djoko. Ensuite Zverev et pour finir Anderson. Merci, au revoir. Seul Rafa le taureau a réussi à en venir à bout. Sa fin de saison est un peu plus en demi-teinte, la fatigue physique et mentale se faisant ressentir, malgré un premier titre ATP à Stockholm et une victoire au Master Next Gen (moins de 21 ans) face à Alex de Minaur.

Justement, transition du soir bonsoir. On a de l’autre côté Alex, 208ème mondial fin 2017 et aujourd’hui 31ème. Il déconne pas l’australien. Pas de grosse victoire de référence mais des résultats de plus en plus prometteurs sur le Tour. Il sera clairement à surveiller la saison prochaine.

Moment WTF de l’année : Nick Kyrgios X Mohamed Lahyani

On est au 2ème tour de l’US Open. Pierre-Hugues Herbert contre Nick Kyrgios. L’australien brade complètement ce match. Il est mené 6-4 5-2 par un français costaud et sérieux. C’est à ce moment que Mohamed Lahyani, arbitre de la rencontre, descend de sa chaise pour aller discuter avec Kyrgios. Scène complètement surréaliste. Lahyani, l’un des arbitres les plus reconnus du circuit, va même jusqu’à dire à l’australien « Je veux t’aider. Je vois tes matchs et tu es quelqu’un de formidable pour ce sport. Ce n’est pas toi, je le sais« . Des propos de coach me direz-vous.

Cette scène a beaucoup fait parler sur les réseaux. D’autant plus que Kyrgios a fini par totalement retourner la situation et s’imposer 4-6 7-6 6-3 6-0. Rien à voir avec cet incident se justifiera-t-il. P2H manifestera son mécontentement et on le comprend. Ce n’est pas le rôle d’un arbitre de s’autoriser ce genre de sorties. Non sanctionné par l’organisation de l’US Open, Lahyani a néanmoins été puni par l’ATP. 2 semaines sans paye. Pas de Pékin ni de Shanghai. Cela ne risque pas de se reproduire sur un court de tennis. Roger l’a même certifié en conférence de presse.

Coup de gueule de l’année : les joueurs français

Bah oui évidemment. On avait terminé la saison 2017 par une victoire en Coupe Davis. Une victoire en trompe l’oeil on ne va pas se leurrer. Pas une grosse victoire face à un top player de tout le parcours. Une Coupe Davis au rabais comme s’amusaient à le dire certains. Bref, c’était le début de la fin. Car la saison 2018 a été tout bonnement cataclysmique. On termine la saison 2018 avec aucun joueur dans le top 25. Effrayant. Première fois depuis 12 piges qu’aucun français ne figure dans le top 20 mondial.

Fin d’une génération qui marchait plutôt pas mal avec les Tsonga, Monfils, Simon et Gasquet. Et une relève qui n’assume pas. A l’image d’un Lucas Pouille. Entré dans le top 10 un peu par hasard en mars, le « jeune » français nous a sorti une saison 2018 bien moisie. Avec un chiffre révélateur qui fait froid dans le dos : 2 minuscule victoires en Masters 1000. Mais comment est-ce possible ? S’il y avait bien un moment où une ouverture s’était créée pour rentrer de manière durable dans le top 10, c’était cette année. En attendant, pour la saison prochaine, Lucas ne se planque plus et sera accompagné par Amélie Mauresmo. Intéressant.

Gaël est incompréhensible, en témoignent ses relations avec Yannick Noah. Jo-Wilfried, notre porte-drapeau depuis tant d’années, a été blessé quasiment toute la saison. Richard est bien trop fragile. Gillou a quand même réussi à nous faire kiffer en fin de saison. Résultat des courses : Noah ne le sélectionne pas pour la finale à Lille. Paire a fait du Paire. J’en profite pour balancer en images mon pétage de plomb de l’année.

En revanche, j’aimerais mettre en avant un mec. Ugo Humbert. Classé à la 378ème place mondiale en début d’année, le jeune français est aujourd’hui 84ème à l’ATP. 3 victoires en Challenger pour le bonhomme. Pas dégueulasse. Grand, gaucher, agressif, il risque de faire très mal. On compte sur lui. Vraiment.

Mais que cela n’empêche pas la Fédération Française de Tennis de se poser des vraies bonnes questions et surtout la seule qui vaille selon moi : comment devons-nous faire pour créer des champions capables d’aller chercher des gros titres ? Parce qu’il semble que la recette est loin d’être au point.

La rubrique spéciale Roger Federer

Comment résumer une saison tennistique sans parler de Roger Federer ? C’est tout simplement impossible.

Vous le savez, j’adore les chiffres. J’en ai simplement trois à vous proposer.

20 : comme le nombre de titres du Grand Chelem du Maestro depuis son succès à Melbourne en début d’année.

99 : comme le nombre de titres remportés par le suisse dans sa carrière après son récent succès à Bâle. Seul Connors a fait mieux que Roger avec 109 titres. Très honnêtement, ce record risque d’être compliqué à aller chercher.

1000 : Attention. Celui-là fait mal à la tête. Federer vient de passer sa 1000ème semaine consécutive dans le top 100 mondial. Il y est confortablement installé depuis le 11 octobre 1999. Presque 20 ans. Une éternité.

Le challenge du Vestiaire : le top 10 dans 5 ans

On s’est bien foutu de la gueule de l’Equipe qui nous avait sorti une prédiction de top 10 complètement foireuse. Fin 2013, le plus grand journal sportif de l’Hexagone s’était amusé à prédire ce que serait le top 10 fin 2018. Pas une très grande réussite.

Mais ce serait trop facile de critiquer sans se prêter soi-même au jeu. Voici le résultat.