Jeudi dernier, une fois de plus, le monde du football a tremblé. Une énième affaire de corruption a éclaté. Au coeur de celle-ci, deux personnages clés : Jérôme Valcke, ex-numéro 2 de la FIFA (secrétaire général) et condamné à 10 ans de suspension de toute activité liée au football suite à une affaire de revente de billets à l’occasion du Mondial 2014 ; et Nasser al-Khelaïfi, président du PSG et directeur du groupe BeIN Media. Le Vestiaire du Sport vous propose un petit récapitulatif de l’affaire qui agite la planète foot depuis quelques jours : qui ? quoi ? comment ? quand ? où ? Vous saurez tout de ce qu’il y a à savoir pour le moment.

L’homme clé interpellé en Suisse

Alors que cet excellent Jérôme était en visite au Tribunal Arbitral du Sport à Lausanne pour faire péter sa sanction de 10 ans ferme, la justice suisse en a profité pour l’interroger ainsi que sa femme à Berne, la capitale suisse. Pourquoi toutes ces questions ? Le français est soupçonné d’avoir accepté des avantages indus en lien avec l’octroi de droits média dans certains pays dans le domaine des droits sportifs en ce qui concerne les Coupes du monde de football de la FIFA de 2018 [en Russie], 2022 [au Qatar], 2026 et 2030.

Le rôle supposément actif de Nasser

Qu’aurait donc fait Nasser qui nous fait tant rêver avec ces interviews du dimanche soir ? Pas très compliqué. Si quelqu’un est soupçonné d’avoir accepté des avantages indus, il faut bien qu’il y ait quelqu’un d’autre qui les offre. Et, de ce côté-là, deux hommes sont concernés : un homme d’affaires dont l’identité reste encore inconnue concernant les Coupes du Monde 2018 à 2030 ; et ce bon vieux Nasser pour les Coupes du Monde 2026 et 2030. L’idée, c’est qu’en échange de ces avantages, la FIFA aurait cédé les droits télé des compétitions à des prix en dessous du marché sans appel d’offre.

Le contenu de l’accord

Toutes ces prétendues tractations auraient ainsi abouti à l’élaboration d’un accord entre la FIFA et BeIN Media concernant la diffusion des Coupes du Monde 2026 et 2030. Cet accord, conclu entre 2013 et 2014, concernerait 24 pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord.

Rien d’anormal à propos de cet accord selon les proches de Nasser pour plusieurs raisons.

  • Un accord du même type avait été conclu en 2011 pour les Coupes du Monde 2018 et 2022.
  • De surcroît, le montant dudit accord serait d’un montant nettement supérieur à celui de 2011. Et ainsi se retrouve balayé d’un revers de manche l’argument selon lequel les droits auraient été octroyés en dessous des prix du marché.
  • Ensuite, bien que l’accord n’ait jamais été officiellement annoncé par la FIFA, il aurait fait l’objet d’un paraphe du directeur juridique de l’institution.
  • Enfin, pourquoi Nasser aurait-il cédé des avantages alors que BeIN Media n’a aucune concurrence dans les pays concernés par l’accord ?

Le moyen de corruption

Oui, on parle bien de moyen de corruption car la qualification juridique qui correspond à de tels agissements est claire : il s’agit bel et bien de corruption. En France, à titre d’exemple, il s’agit d’un délit puni par une peine de prison pouvant aller jusqu’à 10 ans et une amende d’un montant maximal d’1 million d’euros. Donc, vous l’aurez compris, c’est grave. Dans notre affaire, le prétendu corrupteur, notre cher Nasser, est soupçonné d’avoir offert et mis à disposition gracieusement une villa en Sardaigne au prétendu corrompu, Jérôme Valcke. Cette fameuse villa a d’ailleurs été perquisitionnée ce vendredi par la police italienne. Ce dernier s’est défendu en admettant avoir profité de la villa mais en ayant établi un bail et payé la location et réfute tout agissement illégal de sa part ou de la part de Nasser al-Khelaïfi.

Perquisition à Paris et demande d’entraide judiciaire internationale

Les locaux parisiens de Bein Sports ont également fait l’objet d’une perquisition ce vendredi. Contrairement à ce qui avait été déclaré par BeIN Media, un porte-parole du Parquet National Financier – institution judiciaire française créée fin 2013 chargée de traquer la grande délinquance économique et financière – a tenu à pointer du doigt le manque de collaboration des personnes présentes sur place. En effet, ces dernières se sont opposées à la demande des enquêteurs concernant le rapatriement des données informatiques hébergées sur des serveurs à Doha. Ainsi, le PNF va faire une demande d’entraide judiciaire internationale au Qatar pour tenter de récupérer ces fameuses données.

Quand la FIFA s’en mêle

Suite à ces perquisitions et à l’ouverture de la procédure pénale en Suisse, le comité d’éthique de la FIFA a décidé d’ouvrir une enquête préliminaire, à la grande surprise du clan al-Khelaïfi. C’est ce même comité qui avait suspendu Sepp Blatter et Michel Platini concernant l’affaire du paiement des deux millions de francs suisses, mais également Jérôme Valcke pour l’affaire de la revente de billets lors de la Coupe du Monde 2014. Donc, attention, le comité n’a pas peur de couper des têtes. Et celle de Valcke est clairement mise à prix.

Quid du PSG ?

Du fait de l’implication du président du PSG dans cette triste affaire, la question de l’impact sur le club de la capitale pouvait être posée. Mais rien à craindre, c’est en tant que directeur du groupe BeIN Media que Nasser est inquiété. Le PSG n’en pâtira pas, Neymar et Mbappé pourront continuer à casser des reins en toute tranquillité.